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samedi 26 février 2011

Le violoncelliste de Sarajevo (#21) (2)


"Dans quelle version d'un mensonge se trouve la vérité, impossible de le dire. Aujourd'hui, après tout ce qui s'est passé, Dragan sait que le Sarajevo dont il se souvient, la ville où il a grandi, dont il était fier et où il était heureux de vivre, n'a probablement jamais existé."

De Sarajevo, ce dont je me souviens aussi, ce sont le sentiments provoqués par ma présence. J'étais silencieusement assise au fond de l'autobus lorsque le douanier entra à la frontière pour inspecter les passeports. Quel fût son étonnement et celui de tous les passagers de découvrir parmi eux une jeune étrangère.

Au lieu du mépris que je me serais attendue à recevoir pour m'être lancée dans une aventure aussi téméraire, je lisais sur leur visage un certainement amusement, une curiosité.

J'ai rapidement compris que j'annonçais la fin de la guerre. Le printemps revenait enfin au terme d'un hiver éternel. Les tirs avaient cessé depuis quelques temps, mais ma présence mettait fin à leur isolement. Le monde s'intéressait à Sarajevo et recommencerait à venir.

Mon hôte m'a confié, alors qu'il m'accompagnait dans les rues de la ville, qu'il n'aurait jamais trouvé le courage de retrouver Sarajevo n'eut été de moi. Il redécouvrait sa ville par mes yeux qui n'avaient jamais vu la guerre. Il me racontait la guerre à moi, qui ne la connaissait pas. Et je crois que cette innocence était pour ceux que je rencontrais une promesse de paix. Le bonheur était encore possible.

"Une arme est la manifestation d'une décision déjà prise".

samedi 19 février 2011

Le violoncelliste de Sarajevo (#21)


"Nous avions survécu toute la nuit et c'était tout ce que nous souhaitions. Cela, nous l'avions obtenu et ça nous emplissait de bonheur. Vivre ensuite quelques heures seulement ou une cinquantaine d'années nous était indifférent."

Sarajevo. Je n'y suis allée qu'une longue journée. Deux nuits. Tout juste après la guerre. Les 36 heures les plus fascinantes de mes 20 ans. Sarajevo. Après les bombes. Encore éventrée.

Dans l'autobus que j'avais pris de Belgrade, j'ai sympathisé avec un jeune serbe qui allait rejoindre sa grand-mère. Il avait passé la guerre avec elle, prisonnier de la ville où ses parents pensaient qu'il trouverait refuge.

Ils m'ont offert le gîte. Ils m'ont nourri. Sur son balcon bordé de bégonias rouges, regardant le paysage désolé des immeubles maculés d'étoiles noires laissées par le passage des obus, comme de grands squellettes restés pour hanter la ville, la grand-mère croate me parlait de la guerre, le petit-fils serbe traduisait.

Lorsque je lui ai demandé d'où elle venait. Elle me répondit "loin des dieux et des hommes". Son petit-fils précisa comme pour l'excuser qu'elle était de Vis, une île au large de la Croatie.

J'ai marché une journée dans les rues de Sarajevo avec mon hôte - qui la revoyait pour la première fois depuis la fin des hostilités. J'ai revécu le premier coup de feu, le premier homme abattu au coin d'une rue, le premier tank, les corps qui flottaient le matin dans la rivière devant chez lui, la bombe du marché central.

"Après la chute de l'obus sur ses amis et ses voisins qui faisaient la queue pour acheter du pain, il se baissera, il ramassera son archet et, emportant son violoncelle et son tambouret pliant, il empruntera l'étroit escalier et descendra dans la rue vide."

samedi 5 février 2011

Une Femme, Annie Ernaux (hors série)


"Il me semble maintenant que j'écris sur ma mère pour, à mon tour, la mettre au monde."

Stéphane m'a prêté deux livres. Et comme je ne lis que par recommendation, je me permets d'interrompre cette série pour celle d'un ami. Une femme d'Annie Ernaux. Il l'a choisi parce qu'il connaît les aléas de ma relation avec ma mère. Il m'avait déjà parlé de ce livre. Mais il me le remet aussi le soir où il apprend que je deviendrai mère. Un hasard. Recommender, prêter ou offrir un livre c'est aussi une façon de dialoguer.

Je le lis dans l'autobus qui me ramène à la maison. Annie Ernaux, je la connais surtout pour Passion simple. Son oeuvre couvre le champs des névroses féminines: la passion, le divorce, la mère, le père, l'avortement...

Il fait magnifiquement beau dehors, une des dernières journées d'été avec un air de fond légèrement frisquet qui annonce l'automne. Un peu comme moi. Je me sens magnifiquement bien avec un vague fond de tristesse. Un petit air froid qui me traverse le coeur.

Je poursuis ma lecture. De toutes les mères auxquelles je pense en ce moment, c'est la mère biologique de ma fille qui occupe surtout mon esprit en lisant. Parce qu'une mère sans sa fille reste une mère. C'est un événement dont on ne revient jamais. Les choses ne seront plus comme avant, ni pour elle, ni pour moi. Mais il lui faudra apprendre à vivre cette maternité sans enfant.

"Entre nous, la gentillesse, presque la timidité de ceux qui ne vivent plus ensemble."

samedi 1 janvier 2011

Les oranges ne sont pas les seuls fruits, Jeanette Winterson (livre # 15)


"She had never heard of mixed feelings. There were friends and there were enemies."

Quel titre pour un livre qui se lit dans le temps des fêtes!! Les oranges, fruit traditionnel de Noël dans la grande famille de ma mère. L'exotisme au coeur de la campagne québécoise. De la couleur dans l'infinie blancheur. De mentionner Noël me fait penser au politiquement correct qui s'attaque aux fêtes religieuses et traditionnelles comme une maladie auto-immune. Parce qu'à ma connaissance, personne ne s'est jamais plaint d'être offensé par un sapin à guirlandes. Une collègue m'a récemment affirmé qu'elle souhaitait désormais un "Joyeux décembre"!! aux gens... Eh bien!

Justement, ces oranges qui ne sont pas les seuls fruits aborde une question - je ne dirais pas politiquement incorrecte dans la société où il a été publié en 1985 - mais dépeint certainement une situation qui ébranle l'environnement dans lequel il se déroule : une jeune adolescente destinée depuis son adoption par sa mère dévote à consacrer sa vie comme missionnaire tombe amoureuse d'une co-religionnaire. On imagine l'incompatibilité entre les projets de vie.

Si l'histoire de cette jeune fille excentrique choque l'univers rigide dans lequel elle évolue, ce n'est probablement pas le cas de son lectorat moyen. Les chapitres rappellent l'ancien testament :la genèse, Josué, Ruth... On comprendra que si les personnages sont de puritains chrétiens fondamentalistes de l'Angleterre industrielle, ce n'est pas le cas du lecteur. (Vous me prenez ici en flagrant délit de snobisme culturel). Après tout, BBC en a fait une série télévisée et ce roman est au programme des lycéens britanniques... Alors peut-être suis-je inutilement défaitiste.

Je vous laisserai donc, en ce début de nouvelle année, sur une réflexion sur l'amour romantique.

"There are many forms of love and affection, some people can spend their whole lives together without knowing each other’s names. Naming is a difficult and time-consuming process; it concerns essences, and it means power. But on wild nights who can call you home? Only the one who knows your name. Romantic love has been diluted into paperback form and has sold thousands and millions of copies. Somewhere it is still in the original, written on tablets of stone."

samedi 25 décembre 2010

Le petit prince, St-Exupery (livre # 14)



Joyeux Noel à tous mes lecteurs!!! Quoi de mieux qu'un conte pour enfant pour souligner cette journée.

"Lorsque j'avais 6 ans j'ai vu, une fois, une image magnifique, dans un livre sur la forêt vierge qui s'appelait Histoires vécues."

Le premier roman de ma vie. J'avais 6 ans. J'étais hospitalisée pour une opération mineure. Je l'ai reçu en cadeau de ma voisine, Madame Saint-Pierre, une dame qui m'a toujours semblée agêe. Elle habitait au-dessus de chez nous avec ses quatre grands fils dans le quartier pas particulièrement riche de mon enfance. Elle avait fait ses beaux-arts, venait d'un milieu que j'imagine assez aisée puisque les femmes de sa génération ne faisaient pas d'études - si ce n'était pour devenir infirmière ou enseignante - et aussi d'une époque où une famille abandonnée par le père connaissait vite la ruine.

Son fils cadet - une jeune homme dans la vingtaine - était mort l'année précédente, dans un accident de moto qui n'en était probablement pas un. Un de ses frères était venu nous l'annoncer à l'heure du souper. Je comprenais qu'il s'agissait d'une mauvaise nouvelle, mais à ce jour, je me souviens surtout de la douceur, du calme qui régnait. Peut-être parce que mon frère et moi étions dans la salle.

Quelques mois après mon opération, ma mère a trouvé une maison dans un autre quartier. Tous les ans, elles ont continué à se téléphoner pour leurs anniversaires. ----

Le petit prince, c'est aussi une des pièces de théâtre du quartier dans lesquelles j'ai joué avec ma mère. Elle était costumière. Elle avait toujours les rôles de méchante et moi les rôles muets. Il me semble qu'elle faisait le serpent, et moi une rose parmi les roses. J'avais 7 ans.

"Je me croyais riche d'une fleur unique, et je ne possède qu'une rose ordinaire."

samedi 18 décembre 2010

Ne tirez pas sur l'oiseau moqueur, Harper Lee (livre # 13)


"Tous les ans, à Noël, il criait à travers la rue à Mme Atkinson de venir l'épouser. Et Mme Atkinson répondait: - criez plus fort, Jack, que l'on vous entende jusqu'à la poste. Quant à moi, je n'ai tourjours rien saisi."

"La seule chose qui ne doive pas céder à la loi de la majorité est précisément la conscience."

Ah! La traduction! J'en étais à douter de lire le bon livre jusqu'à ce que mes recherches me confirment que le livre que je tenais dans mes mains "Alouette, je te plumerai", n'était en fait qu'une traduction plus ancienne (bienque de la même traductrice) de "Ne tirez pas sur l'oiseau moqueur". Qui existe également sous le titre de "Quand meurt le rossignol". L'original s'intitule en anglais "to kill a mockingbird".

Et ne parlons pas du cinéma qui l'a adapté dans les années 1960 comme Du silence et des ombres! Rien à voir!

Je ne lis peut-être pas beaucoup de romans étrangers, mais rarement il m'a été donné de voir une oeuvre porter trois titres différents...

Décidémment, ce livre aura été celui de toutes les confusions. J'ai dû consulter une bibliothécaire parce que je ne pouvais trouver en rayons ce roman de Lee Harper. Elle corrigea mon erreur en m'indiquant qu'Harper était son prénom et pas son nom de famille. (La confusion vient certainement du fait que cet exercise de lecture auquel je m'astreins est en relation avec un de mes voisins qui porte ce nom).

Sans compter que, armée de mes préjugés, je croyais que l'auteur était un homme. L'habitude j'imagine. Mais j'apprends qu'Harper est un prénom de femmes!! On m'en dira tant!

"Il se présente au moins une fois dans la vie de chaque avocat un cas qui le concerne personellement."

samedi 11 décembre 2010

Maus, Art Spiegleman (livre # 12)

"Maus raconte la vie de Vladek Spiegelman, rescapé juif des camps nazis, et de son fils, auteur de bandes dessinées, qui cherche un terrain de réconciliation avec son père."


Auschwitz - une visite qui ne peut laisser indifférente. Lors d'un court voyage d'affaires à Varsovie, il me fallait choisir pour ma seule journée libre entre Cracovie dont on disait beaucoup de bien et les camps de concentration. C'était en février. La désolation était complète. Le gris plus gris. Le froid plus froid.

Il ne reste plus que les baraques pour témoigner de l'Histoire. Et pourtant, l'endroit dégage toujours quelque chose de grave. Peut-être le fait de savoir donne-t-il au regard une autre dimension.
Certains camps ont été transformés en musées, avec des explications, des informations sur son fonctionnement, des détails historiques, des hommages aux victimes. D'autres au contraire sont demeurés intacts. Ils ne sont que déserts. Comme s'ils avaient été évacués la veille. On côtoie l'histoire avec 60 ans de retard.

Je me souviens d'un incident dans les années 90. Je voyageais en Angleterre où on célébrait le 50 ième anniversaire de la Libération. Je discutais dans une auberge de jeunesse avec une co-chambreuse allemande, et je lui avais demandé, sans penser plus qu'il ne faut à ma question, comment l'Allemagne célèbrait la fin de la guerre. Ce sur quoi elle me fit remarquer, bien à propos, qu'ils l'avaient pedue!

Ma question ne venait pas de mon ignorance puisque je n'étais pas sans savoir que l'Allemagne avait perdu la guerre, mais plutôt de cette impression solidement nourrie par l'approche historique manichéenne véhiculée dans les livres, le cinéma, l'école... La libération - c'était la victoire du bien contre le mal. Et les forces du mal avaient été anéanties avec Hitler. Donc personne n'avait de ce fait perdue la guerre!! Nous étions tous libérés...

Il est fascinant de constater comment un esprit, même minimalement éduqué, se laisse facilement pièger par des raisonnements fort tendencieux...

samedi 4 décembre 2010

Les Watson, Jane Austen (livre # 11)


Ah! Jane Austen. Je suis une fan et pourtant je n'en ai jamais lu. Dans mon cinéma de quartier, qui semble sortie d'une autre époque, j'ai eu ma saison Jane Austen.

Il y a eu "Emma" - une jeune femme d'une petite ville de l'Angleterre du XIXe siècle qui cherche un mari pour sa meilleure amie, mais qui a plus de succès pour elle-même que pour sa protégée.

Il y a eu "Orgueil et Préjugés" avec le fameux Mark Darcy (pour les amateurs de Bridget Jones parmi vous - vous apprécierez le clin d'oeil). Une jeune femme, toujours, libérale et de caractère indépendant, prise entre deux soupirants fort différents.

Il y a eu "Raison et Sentiments". Une famille bourgeoise mis à mal par le décès du père, est recueilli par un membre de la famille. Les nombreuses soeurs connaissent des aventures amoureuses avec les nobles et les moins nobles de la région.

Jane Austen, c'est le sentimentalisme sans vergogne. C'est du pur Harlequin pour la bourgeoisie britannique, avec tout le pathétique de l'opéra, mais une réserve anglaise et une fin heureuse. C'est le romantisme féminin poussé dans ses retranchements. Mais avec une pointe d'ironie.

Jane Austen est restée plutôt secrète de son vivant. Proche de sa famille, elle rencontre à 20 ans, dans un bal, le neveu d'un voisin. Mais le mariage est impossible pour des raisons de fortune. Elle meurt à 41 ans, célibataire... Ironie du sort!

samedi 27 novembre 2010

Mademoiselle Julie, Auguste Stindberg (livre # 10)


"Personne ne croira que vous vous abaissez volontairement. Les gens diront toujours que vous tombez"

Une des rares pièces de théâtre que j'ai vues à plusieurs reprises. Peut-être faisait-elle l'objet d'une mode dans le milieu artistique à cette époque.

La première représentation était à l'Espace Go dans une mise en scène de Brigitte Haentjens avec Anne-Marie Cadieux et Marc Béland en 1996. C'est mon amie Crick, une enthousiaste de théâtre qui m'y avait traînée. C'est un milieu que le karma me fait vivre par personne interposée, mettant sur mon chemin acteurs, dramaturges, metteurs en scène, marionettistes, accrobates...

La seconde nous amène à Londres deux ans plus tard. Séjour européen qui m'a permis d'approcher tout un univers artistique qui ne semble pas faire de détour par le Québec. J'y ai vu Juliette Binoche dans "Naked" et "Oh! Les beaux jours!" mis en scène par Peter Brooke. Fascinée de voir se matérialiser le monde
artistique que je n'avais alors aborder que par l'intermédiaire de mes livres ou d'un écran de télé.

En même temps, ce fameux séjour londonnien fut l'occasion de démystifier saint-martin in the fields et covent garden! "C'est ça?!?", me dis-je un peu déçue. Comme quoi les attentes ont le pouvoir de miner ou de magnifier une expérience. C'est selon.

P.S. La traduction que j'ai lue était de Boris Vian. Je l'ignorais traducteur, mais en soit, c'était comme un clin d'oeil à cette autre époque de ma vie...

" Ah! On peut s'enfuir, on peut s'enfuir, mais les souvenirs vous suivent dans le fourgon, et les regrets, et les remords..."

samedi 20 novembre 2010

Chronique d'une mort annoncée, Gabriel Garcia Marquez (livre # 9)


"Il faut toujours être du côté du mort"

Gabriel Garcia Marques me rappelle surtout mon échec répété à lire Cent ans de solitude. Le titre m'attire depuis toujours. Il me semble que je pourrais épancher toute ma mélancolie naturelle dans un tel roman. Et pourtant, immancablement, au bout de quelques chapitres, je m'essoufle chaque fois. Et repose le livre jusqu'à l'essai suivant.

"Il aurait pu répondre n'importe quoi d'autre tant sa façon de s'exprimer lui servait beaucoup plus à dissimuler qu'à se confier."

Comme une montagne infranchissable. Cent ans de solitude est un effort constant. Le plaisir de la lecture n'est jamais venu à ma rencontre comme c'est généralement le cas. Au bout d'une cinqantaine de pages, l'histoire m'absorbe et je plonge dans le roman. Jamais dans celui-là.

"Il se portait mieux que nous tous, mais quand on l'auscultait on entendait les larmes bouillonner dans son coeur."

L'autre oeuvre qui me fait cet effet est Le sacre du printemps de Stravinsky. Je n'ai jamais pu l'écouter plus de quelques minutes. Je suis sourde à cette musique.

"Elle nous en apprit peut-être beaucoup plus long que le nécéssaire, mais avant tout qu'aucun endroit sur cette terre n'était plus triste qu'un lit vide."

Cette mort annoncée par contre, se parcourt tout d'un trait.

"Manger sans mesure fût toujours sa seule façon de pleurer."

Un ami dont je ne parle jamais dans ce blog considère La mort au temps du choléra comme son livre phare. Ce penchant annonçait un romantisme auquel je n'eus pas droit.

"Les autres protagonistes de la tragédie avaient joué avec dignité et même une certaine grandeur le rôle privilégié que la vie leur avait réservé."

Toute cette oeuvre est courronnée du prix Nobel de littérature - ce qui m'amène une fois de plus à mesure l'ampleur de mon ignorance. Je parcours la liste des récipiendaires pour me rendre compte que j'en connais très peu et que j'en ai lu encore moins.

"La haine et l'amour sont deux passions réciproques".

A la façon Garcia Marques : Theodor Mommsen, Rabîndranâth Tagore, Grazia Deledda, Jonh Galsworthy, Gabriela Mistral, Salvatore Qasimodo, Ivo Andric, Patrick White, Czeslaw Milosz, Kenzaburo Oe, Imre Kertész. Vous connaissez?

"Donnez-moi un préjugé, j'ébranlerai le monde".

samedi 13 novembre 2010

Short and Sweet: 101 very short poems (livre # 8)


"Dans le désert
J’ai vu un être, nu, bestial,
Qui, accroupi sur le sol
Tenait son coeur dans ses mains,
Et en mangeait.
Je lui demandai,
Est-ce bon, mon ami?
’C’est amer – amer,’ répondit-il:
Mais j’aime ça
Parce que c’est amer,
Et parce que c’est mon coeur.' "

Cette chronique devrait aussi être l'occasion de parler des lieux que me font découvrir ces lectures - parce qu'elles ne me plongent pas toutes dans mon passé ni ne réfèrent à des événements de mon existence. Sans compter que je ne possède pas plusieurs de ces livres et j'ai fait le choix délibéré et ferme de ne pas nourrir mon vice ancien pour l'achat de bouquins qui viennent peupler mon petit espace. Surtout, comme l'explique Daniel Pennac dans "comme un roman", il est extrêmement difficile de se défaire de la possession des livres. Ils suscitent chez leurs propriétaires un sentiment d'attachement irrationnel.

A ma connaissance, les seuls livres que j'aie donnés à une oeuvre de charité étaient une série de manuels sur "l'art de rencontrer un mari" que m'avaient offerts des amis qui me veulent du bien. J'ai pensé que je pourrais partager cette belle sagesse populaire avec les pauvres de ma région. Un peu d'amour, ça ne peut que réchauffer en hiver!

Enfin, faute de pouvoir mettre la main sur une copie de ce recueil de poèmes, j'ai dû me contraindre à le consulter dans une librairie "commerciale" du centre-ville où les nombreuses allées de la section anglophone m'offrent un refuge pour lire en tranquilité sans acheter.

(Est-ce éthiquement un vol? Eh bien! Je me déculpabilise en choisissant d'investir ma fortune dans la cause de l'édition francophone!)

Je mesure toujours mon exil lors mes visites incontournables aux librairies francophones du monde entier. (Pour une raison que j'ignore, le désir d'offrir un livre à un ami me prend toujours lorsque je suis en voyage et je me surprends chaque fois de la sélection limitée qui s'offre à moi). Même dans cette ville pourtant aussi francophone et éduquée, trois maigres rayons qui exposent livres de cuisine, guides parentaux, dictionnaires, les "bouillons pour l'âme" et quelques très bons vendeurs qui ne prendront pas la poussière sur les étagères.

Voici un univers dans lequel l'improvisation m'est refusée. Le désir soudain de lire un roman russe m'avait pris un soir de semaine - et ma sortie nocturne pour l'assouvir fut vaine. De quoi refouler le lecteur intérieur qui sommeille en chacun de nous.

"Certains hommes n’y pensent jamais.
Toi non. Tu arrivais
Et disais que tu m’avais presque apporté des fleurs
Mais il y avait eu un malheur.
Le magasin était fermé, ou tu avais eu des doutes -
Du type que des esprits comme les nôtres
Inventent instantanément.
Tu pensais
Que je ne voudrais peut-être pas tes fleurs.
J’en souriais et je te serrais fort dans mes bras.
Maintenant, je peux tout juste sourire.
Mais vois, les fleurs que tu m’as presque apportées
Ont duré tout ce temps. "

samedi 6 novembre 2010

Candidte, Voltaire (livre # 7)


"Hélas, dit Candide, je l'ai connu, cet amour, ce souverain des coeurs, cette âme de notre âme; il ne m'a jamais valu qu'un baiser et vingt coups de pied au cul. Comment cette belle cause a-t-elle pu produire en vous un effet aussi abobinable?"

Candide appartient à la période la plus stimulante de ma vie. Ce fut à certains égards une période trouble et sombre, mais aussi un moment charnière significatif qui m'a lancée dans l'âge adulte. Une aventure à la fois effrayante et prometteuse.

L'oeuvre était au programme de mes études collégiales. J'avais découvert certains romans à l'école secondaire, mais c'est ensuite que j'ai choisi de poursuivre des études littéraires au détriment du droit comme je le prévoyais depuis toujours. Est-ce une décision que je regrette avec le recul? Il m'est arrivé, très rarement, d'envier mes collègues ayant un bagage académique légal. Je lis très peu et il me semble souvent avoir complètement tourné le dos à la période littéraire de ma vie, pourtant, ce qu'il m'en reste continue à me nourrir. Je ne crois pas que je choisirais autrement si j'avais le luxe de refaire ma vie.

Je m'interroge souvent sur les regrets. Ils seront le fruit de quelles décisions prises aujourd'hui? J'ai longtemps pensé que les regrets étaient une illusion. Nous aspirons tous au bonheur. Nous prenons donc les décisions que nous croyons les meilleures pour y parvenir. Ainsi, les regrets seraient le résultat d'une déformation due à la perspective...

"Ma belle demoiselle, quand on est amoureux, jaloux et fouetté par l'Inquisition, on ne se connaît plus."

"Il parlait aux hommes avec le dédain le plus noble, portant le nez si haut, élevant si impitoyablement la voix, prenant un ton si imposant, affectant une démarche si altière, que tous ceux qui le saluaient étaient tenter de le battre."

samedi 30 octobre 2010

Bonjour tristesse, Françoise Sagan (livre # 6)


"Sur ce sentiment inconnu dont l'ennui, la douceur m'obsèdent, j'hésite à appose le nom, le beau nom grave de tristesse. C'est un sentiment si complet, si égoïste que j'en ai presque honte alors que la tristesse m'a toujours paru honorable. Aujourd'hui quelque chose se replie sur moir comme une soie, énervante et douce, et me sépare des autres."

Françoise Sagan. J'ai souvent l'impression que les vies intenses s'éteignent tôt. Je me trompe. Elle est morte à 69 ans après deux mariages et autant de divorces, un enfant, un avortement illégal qui lui fait signer le manifeste des 343 salopes, un premier roman à 18 ans, une vingtaine d'autres qui suivent, de nombreux amants et maîtresses, beaucoup de drogues et d'alcool, des cures de désintoxication, une fascination pour les voitures et la vitesse, un accident grave, un coma, quelques arrestations, un penchant pour le jeu, une condamnation pour fraude fiscale, une fin dans la misère.

Ainsi va son épitaphe composé de son crû :« Sagan, Françoise. Fit son apparition en 1954, avec un mince roman, Bonjour tristesse, qui fut un scandale mondial. Sa disparition, après une vie et une œuvre également agréables et bâclées, ne fut un scandale que pour elle-même. »

L'éternelle adolescence. Elle ne manque pas de me troubler lorsque je la rencontre dans mon entourage. La recherche de sensations fortes m'étourdit. Et je m'éloigne naturellement, non sans demeurée perplexe. Cette quête d'absolu ne me laisse pas indifférente, bien au contraire. Elle m'attire et je m'y brûle chaque fois.

" Leur résignation à ne pas plaire me semblait une infirmité indécente".

samedi 23 octobre 2010

Le Bhagavad Gita (livre # 5)


Voilà des semaines que je procrastine à l'idée de m'attaquer à ce livre... Ce qui me rappelle "Les droits imprescriptibles du lecteur" tirés de Comme un roman de Daniel Pennac.

J'avais 16 ans. J'étais en formation d'anglais à l'université de Sherbrooke et je traversais un été particulièrement difficile de ma vie. En marchant dans un corridor, j'avais apperçu l'affiche publicitaire de ce livre dans la vitrine de la librairie. J'étais entrée demander si je pouvais l'avoir et sans même une hésitation, le libraire me l'avait remise.

L'affiche est restée sur le mur de ma chambre une quinzaine d'années. Jusqu'à ce que je libère ma mère des traces les plus évidentes de ma présence passée dans ces lieux.

J'ai maintenant l'impression d'être concurrente à l'émission "Qui veut être millionnaire?" et de me prémunir d'un de mes atouts. Je commence par le premier : le droit de ne pas lire un livre.

Voici donc les droits imprescriptibles du lecteur, aussi sacrés que les 10 commandements:

1. Le droit de ne pas lire.

2.Le droit de sauter des pages.

3. Le droit de ne pas finir un livre.

4. Le droit de relire.

5. Le droit de lire n'importe quoi.

6. Le droit au bovarysme (maladie textuellement transmissible).

7. Le droit de lire n'importe où.

8. Le droit de grappiller.

9. Le droit de lire à haute voix.

10. Le droit de nous taire.

samedi 16 octobre 2010

A la hauteur de Grand Central Station, je me suis assise et j'ai pleuré (livre # 4)


"Je souris, mais je suis en extase, car pour moi il n'est d'autre réalité que celle de l'amour."

Je passe en trombe à la grande bibliothèque de Montréal trouver un peu de fraîcheur dans cette canicule de juillet et consulter ce livre pour le moins suprenant. Je n'ai qu'une heure avant de rejoindre un ami pour le déjeuner et je me plonge perplexe dans cette prose poétique à priori confuse. Il y sera question d'extase et d'amour. Un propos qui nous lie vous et moi, très chers lecteurs. Je parcours, pour ne pas dire j'engloutis, la moitié du texte de quelque cent pages avant de l'abandonner sur une table pour mon rendez-vous.

"Ce que tu crois être un chant de sirènes pour t'attirer vers un sort funeste, n'est que la voix de l'inévitable pour t'accueillir après une si longue attente. Je t'étais destinée. Des éternités se sont déroulées, des planètes se sont désintégrées et formées pour amener ces deux êtres ensemble."

Je le retouve à la même place après mon déjeuner, qui m'attend. En consultant la note biographique, je comprends mieux le sous-texte. La passion scandaleuse de l'auteure - originaire d'Ottawa - qui dans les années 1940 prend pour amant un homme marié avec lequel elle aura quatre enfants. Je recommence ma lecture avec lenteur cette fois-ci, maintenant que j'ai tout l'après-midi pour la savourer.

"Peut-être suis-je son avenir? Mais, alors, elle est son présent."

Un homme marié partagé entre deux amours. J'en ai rencontré un récemment, comme on croise un inconnu dans un train. Une femme, une amante, des maîtresses. Et moi comme témoin privilégié.

"C'est elle qui fait circuler mon sang, accomplir leur révolution aux étoiles, et revenir les saisons".

C'est, je crois, mon premier drogué de l'amour. L'enivrement et l'euphorie le tiennent au piège, prisonnier d'une passion qui n'est pas aveugle, mais au contraire spectateur presque impuissant du sabotage de sa vie. A chaque coup de coeur, c'est un Kamikaze qui plonge sur Pearl Harbour.

"Jupiter a aimé Leda, me dis-je, et rien désormais ne peut empêcher la guerre de Troie."

A la fin de son récit, une seule question : et l'amour dans tout ça?

"Je peux porter l'amour comme Saint-Christophe. C'est lourd, mais je peux le porter. Ce sont les roches de la suspicion qui me font trébucher."

samedi 9 octobre 2010

Le meurtre de Roger Ackroyd (livre # 3)


"Nous poursuivons notre tâche dans un dessein déterminé, puis, lorsque celui-ci est réalisé, l'effort quotidien nous manque. Croyez bien, monsieur, que mon travail était intéressant. C'était le travail le plus intéressant de la terre. J'étudiais la nature humaine. - Hercule Poirot."

Ah! Agatha Christie! Ma grande passion littéraire de jeunesse. Mon père, qui habitait boulevard St-Joseph coin Boyer à Montréal, nous amenait le samedi matin faire les bouquinnistes de la rue Mont-Royal. Je me choisissais quelques livres - toujours des Agatha Christie - et la fin de semaine, ou la semaine de vacances étaient réglées. J'avais à l'époque 8 ou 9 ans. Si je me souviens, je partageais cette passion avec quelques vieilles tantes, que soudainement je me prenais à estimer davantage en raison de ce goût raffiné que je leur découvrais. L'estime tient parfois à si peu de chose.

Il y a quelques temps, relisant mes premiers journaux intimes, je suis tombée sur un passage qui me laissa perplexe à la première lecture. J'y écrivais que j'aspirais à enseigner la résolution de problèmes à l'Université. Je reconnaissais mon ambition, mais restais dubitative retrospectivement sur mon intérêt si poussé pour les mathématiques (je l'ai développé beaucoup plus tard, me semblait-il). Plus loin, je comprenais qu'il s'agissait en fait de cours portant sur les énigmes des romans d'Agatha Christie. Elle était des mes premières ambitions.

"Les femmes, affirma Poirot, sont merveilleuses; elles inventent et, par miracle, elles ont raison."

samedi 2 octobre 2010

La ferme aux animaux (livre # 2)

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"Vous n'allez tout de même pas croire, camarades, que nous, les cochons, agissons par égoïsme, que nous nous attribuons des privilèges. (...) Nous sommes, nous autres, des travailleurs intellectuels. La direction et l'organisation de cette ferme reposent entièrement sur nous. De jour et de nuit nous veillons à votre bien. Et c'est pour votre bien que nous buvons ce lait et mangeons ces pommes."

J'ai eu pendant des années une affiche d'une mise en scène au théâtre de cette oeuvre présentée à l'université Cambridge que j'avais arrachée sur un quelconque babillard lors de mon premier véritable voyage en solitaire. Elle n'avait pourtant rien d'extraordinaire - une photo en noir et blanc d'une tête de porc à l'air sadique.

J'étais dans mes années littéraires et j'avais tendance à collectionner les affiches des pièces du théâtre universitaire. Et Cambridge représentait pour moi un lieux de culte. Dans ma liste de regrets figure quelque part le fait de n'avoir jamais étudié dans une université anglosaxonne.

Comme le disait mon père: "il est difficile d'être père. On croule sous les reproches. Tu ne me pardonneras pas de ne pas avoir financé ton troisième doctorat et ton frère Xavier de l'avoir abandonné". C'est dire l'importance que les études ont pour moi de son avis.

samedi 25 septembre 2010

La mort d'ivan Ilicth - (bis) (livre #1)


"Ivan Ilitch voyait qu'il mourait et il était désespéré. Dans le fond de son âme, il savait bien qu'il mourait; mais non seulement il ne parvenait pas à s'habituer à cette pensée, il ne la comprenait même pas, il était incapable de la comprendre."

Je me permets le luxe d'une seconde chronique sur le même livre, le premier officiellement sur la liste de surcroît. J'ai hésité, ce projet devant déjà combler deux ans de chroniques hebdommadaires. Mais voilà, l'espace d'une lecture de cent pages à peine, la vie et la fiction ont fait un chassé-croisé étonnant.

J'ai lu ce roman écrasée par la chaleur dans le lit de mon frère - qui m'avait prêté son condo montréalais alors qu'il était en vacances - un dimanche matin où la canicule des derniers jours ayant miné mon sommeil, la fatigue m'assomait toujours. J'allongeai le bras pour prendre le livre que j'avais laissé sur la table de chevet.

J'étais sur le point de le terminer lorsque mon téléphone sonna. Une amie, qui s'excusa de me réveiller tellement ma voix traînait de fatigue. Une amie surtout qui venait d'accompagner sa mère dans la mort au cours des derniers mois. Son coup de fil me faisait sortir de ma lecture et y replonger à la fois.

Accompagner pendant des semaines quelqu'un qui est conscient de sa propre mort, qui fait tous les jours le deuil de lui-même et de sa vie. Elle sa mère; moi Ivan Ilitch. Les espoirs, les regrets, la douleur, le désir de vivre, les rechutes, le déni, les bilans, les deuils. On reconnaît un chef d'oeuvre lorsqu'il se confond avec la vie.

"Toujours la même chose: tantôt une lueur d'espérance, tantôt une tempête de désespoir, et toujours cette douleur, cette angoisse. Toujours la même chose. La solitude le tourmente; il voudrait appeler quelqu'un, mais il sait d'avance que si l'on venait ce serait encore pis."

samedi 18 septembre 2010

La mort d'Ivan Illitch (livre # 1)


"Le fait même de la mort d'un ami éveilla comme toujours en tous ceux qui apprirent cette nouvelle, un sentiment de joie: ce n'est pas moi qui est mort, c'est lui."

Le premier livre de la liste de Yann Martel est russe, tout comme mon premier amour. J'ai eu le coup de coeur à 14 ans, à Paris où j'étais allée en vacances chez une amie. Un film américain avec le danseur Barichnikov. Dans une scène, il improvisait sur une chanson d'un chanteur à la voix grave et rauque condamné par le régime soviétique. J'étais amoureuse.

Des années plus tard, sur le point de quitter la maison, je reconnais cette même voix à la radio. J'appelle la station pour en connaître le nom. Ma mère a dû souffrir l'oeuvre de Vladimir Vissotski de très longs mois. En musique, j'ai une forte tendance à la monomanie.

A 19 ans, je partais passer l'été en Sibérie, rénover une cathédrale orthodoxe et travailler dans un orphelinat d'un village tatar. Dans la vingtaine, j'ai étudié la langue avec le Professeur Sadetsky (tellement connu dans la petite ville de Québec d'où je viens qu'il apparaît en cameo dans un film de Robert Lepage).

Cette passion m'a pratiquement ramenée à Moscou en 2004 alors que j'avais été sélectionnée pour être 3ième secrétaire à l'ambassade. J'avais même entrepris des études de russe à temps plein... Mais le poste fût annulé et c'est ainsi que j'ai abouti à Milan.

À l'époque, ma mère avait également entamé l'apprentissage de cette langue. Malgré mon changement de trajectoire, elle avait poursuivit, obtenant même une bourse à l'université d'Etat de Moscou. Comme mon père le disait : "elle sait que l'italien, ce n'est qu'une passade et que de toute façon tu reviendras toujours au russe". Et moi qui pensait que je ne parlerais plus d'amour...

samedi 11 septembre 2010

Voyage d'hiver (livre # 0)


Ma chronique littéraire aura connu un faux départ. Plutôt que de lire les oeuvres recommendées à Stephen Harper, je me suis laissée distraire, voire emportée. J'ai dit que je ne lisais que sur recommendation. Exception faite des valeurs sûres. Je suis fidèle, en littérature comme dans le reste.

C'est le titre qui a attiré mon attention. En pleine canicule de juillet! J'aurais aimé écrire un livre avec un titre pareil. C'est une référence à une pièce de Schubert - mon préféré. Sur la couverture arrière, une seule phrase "il n'y a pas d'échec amoureux". Prometteur... La suite vient plus tard dans le roman. "Eprouver l'amour est déjà un tel triomphe que l'on pourrait se demander pourquoi l'on veut davantage".

Et la névrose d'Amélie Nothomb qui vient rapidement chatouiller la mienne. Elle est magistrale...

Si je ne sais plus parler d'amour maintenant que j'ai fait voeux de sérénité, je vais laisser les autres le faire mieux que moi.

Voilà, ami lecteur, amateur de sentiments forts et d'émotions fébriles.

" Tomber amoureux l'hiver n'est pas une bonne idée. Les symptômes sont plus sublimes et plus douloureux. La lumière parfaite du froid encourage la délectation morose de l'attente. Le frisson exalte la fébrilité. Qui s'éprend à la Sainte-Luce encourt trois mois de tremblements pathologiques. Les autres saison ont leurs minauderies, bourgeons, grappes et feuillages où engouffrer ses états d'âme. La nudité hivernale n'offre aucun refuge. L'hiver et l'amour ont ceci de commun qu'ils inspirent le désir d'être réconforté d'une telle épreuve; la coïncidence de ces deux saisons exclut le réconfort." Oh! Amélie ma soeur!

A méditer : "Les femmes aiment toujours à contre-temps".