Aucun message portant le libellé adoption. Afficher tous les messages
Aucun message portant le libellé adoption. Afficher tous les messages

jeudi 23 décembre 2010

Les phases du deuil I - le Choc, le déni


Semaine du 12 au 19 décembre - Je pensais vous raconter les retrouvailles avec ma fille après une séparation de six semaines, sa course à travers la maison pour aller chercher un album quand sa famille d'accueil lui a demandé d'embrasser sa mère et le bec baveux qu'elle a donné à ma photo! Mais voilà, cette phase de transition que je souhaitais douce et longue me plonge au coeur du deuil. Je me suis préparée tant bien que mal à celui que vivra ma fille, mais c'est celui de la famille d'accueil que j'observe présentement.

Le choc, ou le déni, est "cette courte phase du deuil qui survient lorsqu'on apprend la perte. C'est une période plus ou moins intense où les émotions semblent pratiquement absentes. C'est en quittant ce court stade du deuil que la réalité de la perte s'installe."

Le choc s'explique probablement par ma décision de revenir au Honduras avant la date du jugement. La famille se s'attendait pas à me revoir si vite et comme légalement, je pourrais réclamer la garde permanente de la petite dès maintenant, cette situation n'est pas sans créer une certaine inquiétude. La perte se profile à l'horizon, mais sans échéance identifiable.

Chaque jour, je suis invitée à rester plus longtemps avec la famille d'accueil. Ils veulent m'enseigner l'espagnol et s'informent régulièrement de plans pour mon séjour. Tout en subtilité, ils me parlent de baptême catholique, du changement de nom de la petite, de l'apprentissage du français... De toutes leurs forces, ils essaient de me cacher leur résistance devant ces changements inévitables, mais quelque chose dans leur regard les trahit.

Pour l'instant, je surfe dans la situation, évitant les sensibilités tout en maintenant le cap sur mes décisions sans les imposer pour le moment.

Je ne peux qu'appréhender la prochaine phase - celle de la colère...

jeudi 16 décembre 2010

En attendant Stella ...


Novembre - Malgré le lot d'épreuves administratives, les semaines qui suivirent mon retour du Honduras furent certainement moins pénibles que la dernière année. Il y eut évidemment l'inspection de la maison (qui selon la travailleuse sociale vise en fait à confirmer de visu que la mère prétendante n'est pas enceinte!). Puis les remises en question du ministère qui, après avoir étudié pendant 3 mois mon dossier l'hiver dernier et l'avoir approuvé, s'inquiète maintenant d'une série de choses, notamment que je parvienne à effectuer la transition linguistique d'un enfant de deux ans alors que je ne connais que quelques mots d'espagnol. Je me retrouve une fois de plus au téléphone à justifier mes stratégies pour appuyer la petite avec son histoire, son adaptation...

Il y eut mes tentatives peu fructueuses de simplifier les procédures entourant le retour et qui prévoient que j'obtienne la citoyenneté de la section immigration de l'ambassade du Canada au Guatemala et le passeport canadien de la section consulaire de l'ambassade au Costa Rica... Nul besoin de préciser que je ne nourris nullement l'ambition de faire de ma fille une globe-trotter dès ses premières semaines avec moi. Elle aura largement le temps de goûter au style de vie nomade de sa mère.

Il y eut l'incontournable et tellement délicate question financière... Les paiements s'accélérant à rythme imprévu. Je retiens de tous mes séminaires sur l'adoption que l'argent est un sujet tabou, surtout lorsqu'il se rapporte à la parentalité. Je soupçonne pour ma part que ce malaise soit lié au fait que l'aspect monétaire rappelle douloureusement aux couples infertiles le deuil de l'enfant biologique. Les sommes astronomiques qui semblent être investies donnent aussi parfois l'impression qu'il s'agit de l'achat d'un enfant. Pourtant, c'est l'addition de toutes les démarches à 100$(certificats de police, médical, évaluation psychologique, formation pré-adoption), puis les coûts de l'avocate, de l'agence, de l'inspection, les billets d'avion, l'hôtel, les visa, les passeports, l'immigration... qui finissent par avoir raison du portefeuille.

Six semaines pour tout mettre en ordre et repartir l'esprit tranquille. Il semble que je me calme à mesure que le grand jour du départ approche... Je suis prête. Et vivement le premier jour du reste de ma vie!

jeudi 9 décembre 2010

Quand Eugénie rencontre Stella...


Est venu ensuite le moment de la Rencontre... Dans un local des services sociaux rempli de sacs de vidange noirs pleins de vêtements et de jouets usagés qui font lieu de décor à mes premières photos d'elle. Nous sommes à l'étroit entre le bureau, où est assise une travailleuse sociale plongée dans ses documents et apparemment indifférente à la scène, et deux petites chaises en métal inconfortables. Je suis par terre. Elle sur les genoux de Martha.

Je suis une étrangère dans un lieu étranger. Armée de trois mots pour tout appât, je suis impuissante dans mon opération de charme. Pourtant, après un moment, elle fait un acte de foi incommensurable : d'un regard, elle me signifie qu'elle me donne une chance.

Les rencontres sont source d'inspiration. Dans le silence de la mer, un amour naît sans que jamais ne soit prononcée une parole entre les deux protagonistes appartenant à des camps ennemis. Dans Harold et Maude, deux univers diamétralement opposés entrent en contact...

La rencontre. Le moment fondateur d'une relation, celui qui donne le ton. En faisant des recherches sur la question, je suis surtout tombée sur des sites de "rencontre", des rencontres littéraires, sportives, au sommet... mais très peu sur la Rencontre décisive entre deux êtres humains qui unit leur destin de façon à ce que l'indifférence entre ces deux êtres soit désormais exclue.

"Une rencontre, c’est quelque chose de décisif, une porte, une fracture, un instant qui marque le temps et crée un avant et un après." (L'évangile selon Pilate)`

"A chaque rencontre, une nouvelle histoire s'écrit. C'est là que réside le plus étonnant mystère de l'aventure humaine." (La force de guérir Odile Jacob)

jeudi 2 décembre 2010

Et un morceau de robot!


(25-26 octobre) Je vous ai épargné jusqu'à présent la première année de démarches administratives obligatoires pour qui choisi le chemin tortueux et non sans embûches de l'adoption. Avant la grande rencontre, il me fallait encore rencontrer pendant deux heures une psychologue, puis une travailleuse sociale. J'ai également dû me soumettre à une batterie de tests psychométriques, dont le Minessota Personnality Inventory Test, composé de 600 questions en anglais auxquelles il faut répondre par vrai ou faux. Pour vous en donner un aperçu, voici une cinquantaine de questions que j'ai pu retrouver sur internet. Il faut s'imaginer l'étourdissement au bout de 600 questions du genre...

1 - J’entends apparemment aussi bien que la plupart des gens
2 - J’ai peur de me trouver seul dans un grand endroit désert
3- Je me sens souvent très fatigué
4 - Ma mémoire semble bonne
5 - J’ai certainement eu plus que ma part d’ennuis
6 - Mes parents ont souvent critiqué mes fréquentations
7 - Je suis aussi capable de travailler que par le passé
8 - Il m’est arrivé de rencontrer des problèmes aux solutions si multiples que j’ai été incapable d’y réfléchir sérieusement
9 - Je me suis souvent senti coupable parce que j’avais prétendu que j’étais beaucoup plus chagriné par quelque chose que je ne l’étais en réalité
10 - J’éprouve parfois l’envie de me battre avec quelqu’un
11 - Il m’est arrivé souvent d’avoir des échecs parce que je ne pouvais me décider assez vite
12 - Mon comportement dépend, dans une marge mesure, des habitudes de mon entourage
13 - Je taquine parfois mes animaux
14 - Si on m’en donnait l’occasion, je serais certainement un bon meneur de foule
15 - Plusieurs fois par semaine, j’ai des brûlures d’estomac
16 - Autant que possible, j’évite de me trouver dans un foule
17 - Souvent, je remarque que mes mains tremblent quand j’essaie de faire quelque chose
18 - Je préfère un travail qui demande une grande attention à un travail qui me permette d’être négligent
19 - Je suis très violemment attiré par les personnes de mon sexe
20 - J’adorais l’agitation pendant mon enfance
21 - Je n’ai pas vécu une vie parfaitement droite
22 - Par instants, je suis possédé par des esprits
23 - L’avenir est trop incertain pour que l’on puisse faire des projets sérieux
24 - Je supporte aussi bien la douleur que les autres
25 - Je crois que j’aimerais beaucoup le travail de bibliothécaire
26 - Je rêvasse très peu
27 - Je n’appréhende pas de voir un docteur quand je suis malade ou accidenté
28 - Je n’ai jamais eu de paralysie faciale
29 - Je n’ai jamais eu d’éruption cutanée qui m’ait ennuyé
30 - J’ai des cauchemars presque toutes les nuits
31 - J’ai la conviction qu’on ne devrait pas boire des boissons alcoolisées
32 - Si plusieurs personnes se trouvent dans un mauvais cas, ce qu’elles ont de mieux à faire est de se mettre d’accord sur une histoire et de s’y tenir
33 - Une personne ne devrait pas être punie pour avoir violé une loi qu’elle juge déraisonnable
34 - Je refuse de participer à certains jeux parce que je n’y suis pas fort
35 - La plupart du temps, j’ai le sentiment d’avoir fait quelque chose de mal ou de travers
36 - Parfois, je suis si excité qu’il m’est difficile de m’endormir
37 - Je n’ai pas très peur des serpents
38 - Je recule devant les difficultés ou les crises
39 - J’aime ou j’ai aimé la pêche
40 - Il me semble fréquemment avoir comme un poids dans la tête ou dans le nez
41 - Je pense que je suis plus sensible et je crois que je ressens les choses plus profondément que les autres
42 - J’ai très peu de maux de tête
43 - Je ressens rarement des bourdonnements ou des tintements d’oreilles
44 - Mon sommeil est agité et troublé
45 - Je rêve très rarement
46 - Il y a eu des moments où j’ai eu une très grande envie de quitter ma maison
47 - J’ai eu des déceptions amoureuses
48 - Quand je me sens très heureux ou très actif, quelqu’un qui est démoralisé ou triste gâchera tout
49 - J’aime lire les éditoriaux des journaux
50 - La plupart de mes rêves ont trait à des questions sexuelles

jeudi 25 novembre 2010

Vers l'inaccessible étoile


24 octobre (à l'aube) - C'est un départ tant attendu. Je ne connais rien de cette région du monde où je pars à l'aveture. Je n'en connais pas la langue. Mais à chaque moment qui passe, j'ai le sentiment toujours plus fort de m'approcher du but, d'avoir pris la bonne décision. Dans l'aéroport où je suis en transit, je regarde les passagers qui attendent le même vol que moi et je me prends d'une sympathie naturelle pour eux. Je cherche dans leurs visages les traits de ma fille. Elle sera belle. Et j'ai aussi l'impression d'être des leurs. Je leur ressemble.

C'est un beau pays que je découvre. Le soleil d'éte me réchauffe et me donne l'illusion d'une vacance que je n'ai pas eu l'occasion de prendre cette année alors qu'à la maison l'hiver s'installe lentement. Je profite d'une journée de rencontres annulées pour cause de congé férié déplacé (la fête nationale du 21 octobre ayant été remise au 25 à la dernière minute) pour une escapade dans les villages des environs.

Contrairement à mes voyages récents, mon statut de touriste nantie ne me vaut pas d'attention spéciale. Je marche librement. Les vendeurs dans les boutiques me font des rabais que je n'ai même pas négociés. Jusqu'à 25% de réduction sur les prix (après avoir décidé d'acheter, pas avant!!!). C'est vous dire à quel point je dois me faire avoir. Ils n'ont pas le coeur de m'escroquer à ce point.

Mon chauffeur de taxi, Norman, que j'ai également adopté, me donne en prime un tour du centre-ville après notre tournée des villages. En cette journée de congé férié, le pays m'appartient. Il se fait docile pour sa première impression. Et c'est réussi.

jeudi 18 novembre 2010

Mère poule, mère l'Oie



17 octobre - "nesting is the term used to refer to an expectant mother's instinct which gives her a surge of energy which prompts her to clean and do various chores around her home. Nesting usually arises as the mother nears her due date."

La première question que la majorité des gens à qui j'ai annoncé l'adoption de ma fille a été : "et la chambre du bébé??" Question à laquelle je répondais habituellement par une grimace toute aussi inquisitrice et anxieuse. Il me fallait isoler le toit, faire réparer la fournaise, arracher les clous de l'escalier que j'avais entrepris de décaper avant d'apprendre la nouvelle, compléter les démarches d'immigration, refaire mon passeport perdu au cours de mon récent déménagement, préparer mon entrevue pour le concours de promotion, obtenir une évaluation médicale, préparer mon premier voyage au Honduras... Alors le choix des draps et les couleurs des rideaux!?!? Loin de me préoccuper...

Et voilà que dans un moment de pur délir maternel, en une seule fin de semaine, j'ai non seulement fait la chambre, mais nettoyé au complet la maison laissée depuis quelques temps à l'état de chantier post-rénovations.

J'ai loué une voiture pour me rendre dans la banlieue commerciale de la ville - un large boulevard où il faut se véhiculer de magasin en magasin. Ma furie consommatrice m'a permis en quelques heures de tout trouver pour métamorphoser une pièce de plus de ma maison. (Ainsi que le siège d'auto et les cadeaux que j'amènerai en voyage).

Le dimanche, j'ai peinturé la chambre - un jaune très pâle. J'ai cousu les coussins qui vont sur le banc en bois, installé les rideaux, appliqué les images auto-collantes, fixé les cadres-photo... Le tout sous la thématique du cirque. Les animaux sauvages (mais gentils, mignons et dociles) ont envahis les murs, le couvre-lit, les rideaux...

jeudi 11 novembre 2010

Les rêves sont toujours des départs


5 octobre - Enfin!!!! Je viens de recevoir mes dates de départ pour mon premier voyage, non sans quelques retournements de situation. Je pars dans un mois. Le ministère de l'enfance devait d'abord me rencontrer les 21 et 22 octobre. Or il s'avère que le 21 est férié. On a remis le tout à la semaine suivante (les 25 et 26). Jusqu'à ce qu'on m'annonce quelques jours plus tard que le congé du 21 était remis au 25!! Et que mes rencontres auraient donc lieu les 26 et 27. Maintenant que mes billets d'avion sont achetés, prions pour que les dates demeurent à l'intérieur de mon voyage prévu.

Je dois d'abord subir une évaluation psychologique (la quatrième en tout dans ce processus) avec une travailleuse sociale qui décidera au terme de la rencontre si je peux passer à l'étape suivante. Puis le lendemain, une psychologue/psychiatre fera de même. Le troisième jour, je devrai présenter des documents à la cour. Il est prévu qu'une rencontre avec l'enfant soit organisée ensuite (conditionnellement à la réussite des étapes préliminaires).

Certains de mes amis ont une image très romantique de cette rencontre mère-fille. Je suis plus modérée. Il y aura, outre les deux principales intéressées, un psychologue du ministère, mon avocate, le traducteur, la famille d'accueil.... Intime comme tête-à-tête!!!

D'autres bonnes nouvelles ont suivi. Le dossier d'immigration a été accepté du jour au lendemain! Mon rendez-vous pour l'inspection finale de la maison est fixé...

À chaque épisode, Sophie G., dépassée par les retournements administratifs, continue à soutenir qu'il est plus facile d'accoucher.... le débat est ouvert!

jeudi 4 novembre 2010

Droit devant soi on ne peut pas aller loin


21 septembre - C'est une phrase du Petit Prince que je viens de lire. Elle reflète bien ma vie en général, faite surtout de détours. Mais aussi le cheminement sinueux de ce projet d'adoption qui fait des bonds magistraux avant de connaître des reculs, ou des moments de stagnation désespérants.

Depuis quelques mois, les étapes se franchissent à une vitesse inespérée. Mais depuis que la photo de ma fille est apparue sur mon écran il y a quelques semaines, le silence. Une date de départ aurait due m'être donnée dans les heures suivant mon acceptation. Les heures passent dans l'indifférence.

A chaque jour que je raye de mon calendrier, c'est un jour de plus sans elle.

A cela s'ajoute une saga en matière d'immigration - il me faudra attendre de 6 à 9 mois pour compléter sa demande de citoyenneté. Comme le ministère est sourd à mes demandes d'accélération du processus, j'ai dû m'en remettre à des politiciens. On m'a conseillé de conclure une entente avec l'orphelinat pour q'ils la gardent le temps que mes démarches aboutissent!!!

Mon calme m'étonne. J'explique avec le sourire qu'une telle option serait, à mon échelle toute personnelle, une catastrophe humanitaire et que biensûr, s'il le faut, je trouverai une autre solution.

Je suis David contre Goliath. Heureusement, c'est David qui gagne!

Une fois de plus, suspens. Les papiers d'immigration, l'inspection de la travailleuse sociale (qui dépend de la traduction des documents que je n'ai pas non plus), l'approbation provinciale (que je ne peux pas avoir sans le papier de citoyenneté et celui de la travailleuse sociale)...

Un soir cette semaine, en soupant, je n'ai pu m'empêcher d'avoir un pincement au coeur en me rendant compte qu'à force d'attendre, j'allais manquer son anniversaire. Un tout petit drame très personnel.

jeudi 28 octobre 2010

It's a...!

3 septembre - peu après-midi. Je reviens d'une réunion dans les bureaux du ministre. Un courriel tout simple m'attend avec un nombre impressionnant de pièces jointes. C'est le moment de vérité! Accoucher au bureau, en silence, dans le brouhaha des agendas à remettre aux sous-ministres, des appels à retourner, des mémos à obtenir d'urgence... Le temps s'arrête, alors que la vie autour continue.

Ma patronne entre en coup de vent pour me donner des instructions sur mes tâches à accomplir dans les heures suivantes. Je fais un effort surhumain pour enregistrer ces informations, comme si elles me parvenaient à travers un épais brouillard. Un autre courriel arrive en même temps dans ma boîte de réception personelle. Un courriel pour l'autre Eugénie, celle qui avait la vie d'avant l'accouchement. Un courriel un peu maladroit. Un petit pincement au coeur, que je ressens malgré l'engourdissement qui m'envahit lentement. Il me faudra trouver une réponse, mais pour l'instant les mots qu'il me faudrait trouver sont d'une langue étrangère.

Décrire ce plongeon est impossible. C'est un plongeon presque immobile - tout en douceur. J'apprivoise la photo de mon enfant à venir sur mon écran, mais cet enfant ne bouge pas, ne rit pas, ne joue pas. Je mesure toute la distance qu'il me reste à parcourir pour l'atteindre.

La rencontre de deux destins n'est pas le choc que j'aurais pu croire. J'ai le reste de ma vie devant mes yeux. C'est d'une très grande simplicité. Dans un instant, je suis devenue sa mère. Elle est devenue ma fille.

jeudi 21 octobre 2010

L'attente


27 août - Un mois après l'appel innattendu qui m'annonçait un retournement de situation dans le processus. J'ai un enfant - dans le sens générique du terme.

D'abord un courriel dans lequel l'agence indiquait quelle souhaitait me rejoindre sans préciser la raison, sinon que c'était très important. Ensuite, pendant de longues heures, rien. Est-ce que j'avais un enfant? Un garçon, une fille? Quel âge? Où? Que le silence pour répondre à ces questions qui me hantaient de plus en plus. Au seuil de la folie, j'ai finalement réussi à contacter quelqu'un qui a pu me confirmer qu'on m'avait assigné un enfant, mais que les détails devaient suivre.

J'ai alerté deux pédiatres qui s'étaient engagés à analyser les résultats médicaux, un ami capable de traduire le dossier, la travailleuse sociale responsable d'approuver l'adoption, les services d'immigration pour qu'ils accélèrent des procédures trop lentes... Nous sommes une armée au garde à vous. Mais le général ne vient pas.

Quatre jours plus tard, on me confirme que quelque part, dans les documents du ministère de la Famille, je suis la mère d'un enfant qui existe, qui vit, qui a un nom, un visage, un jouet préféré. Mais qu'il manque un document légal pour permettre à mon intermédiaire d'obtenir ces documents. Une procédure qui pourrait prendre trois semaines.

Pendant ce temps, je serai la mère d'un enfant qui grandit, qui fait des dents, qui dort la nuit, ou non, qui joue avec son jouet préféré, mais dont je ne sais rien.

J'attends.

L'attente, c'est la promesse d'un bonheur si fragile qu'elle craint les mots.

J'ai perdu le goût des rencontres. Je ne trouve plus de refuge que dans le silence intérieur, la musique et le sommeil. L'attente est un exercice solitaire.

J'attends.

Et je savoure plus que jamais le choeur à bouche fermée dans l'opéra Madame Butterfly : en attendant le retour de son amant sur le navire qu'elle voit arriver au large, Madame Butterfly chante un air sans parole. Je vous invite d'ailleurs à l'écouter : http://www.youtube.com/watch?v=Ewu0M5tkvHA&feature=related

L'essence de l'attente si trouve. Tout a di été dit, même si rien n'a été dit.

jeudi 14 octobre 2010

Et une fois de plus, c'est extase et tourments


Je vous avais promis une année sereine et paisible... J'y crois chaque fois. Et plus ma conviction est solidement ancrée, plus la vie s'acharne à me prendre à tort. Quelques semaines, pas même un mois, après avoir résolu de mener une existence presque oisive pendant l'année qui vient, un appel, que je n'attendais pas, cela va de soi dans ce genre de circonstances, m'a éveillée ce matin pour bouleverser ma vie. Je parle de bouleversement, mais cette notion est encore toute cérébrale - c'est-à-dire que je sais que ma vie est bouleversée, mais je n'en saisi pas encore pleinement la portée.

Nous sommes le 27 juillet. Je sais que cette chronique ne paraîtra de façon presque trompeuse dans la section "temps présent" cet automne, mais je ne peux la publier maintenant. J'ai d'une part toute une série sur l'art qui va bon train présentement et d'autre part, j'ai besoin de digérer dans le secret cette étonnante nouvelle.

Lorsque j'ai entrepris des démarches d'adoption à l'été 2009, on m'avait parlé d'une attente de 5 ans ce qui m'avait mis en mode presque de déni. Je préférais ne pas y penser plutôt que de souffrir de l'impatience innévitable qui accompagne l'attente.

En mai 2010, j'apprenais que j'étais 33ième sur la liste, ce qui réduisait considérablement ce délais à moins de deux ans.

Puis ce matin, pour une raison qu'on ne s'explique pas puisque je suis toujours 33ième sur cette fameuse liste, mon contact auprès de l'agence m'apprend que le comité d'assignation est prêt à recevoir mon dossier!

Je serai mère! Je me prépare depuis des années, et pourtant je suis prise de court. Je ne comprends pas encore ce que ça signifie : en terme de temps d'abord (1 mois, 3 mois, 6 mois), pour mon nouvel emploi qui commence la semaine prochaine, pour mes rénovations entreprises au début du mois et qui devaient se prolonger toute l'année, pour les finances qui avaient été plannifiées sur une période d'une autre année. Je sais que tout va se placer - peu importe ce qui arrive. Mais je sais aussi qu'avec cet appel, ma vie ne sera plus la même. Que le plan, une fois de plus, subit le grand sabotage de la vie!

PS. Au moment de publier, j'en saurai probablement davantage qu'aujourd'hui et je lancerai ma série de chroniques sur l'adoption que je préparais depuis peu...

jeudi 7 octobre 2010

The scarlet letter


("The scarlet letter", roman de Nathaniel Hawthorne écrit en 1850, raconte l'humiliation publique d'une femme adultère contrainte de coudre un A pourpre sur ses vêtements en témoignage de son péché.)

Je n'ai jamais été de nature prude sur ma vie privée, mais au cours des dernières années, je me suis contrainte à une certaine discrétion - toute relative - sur un aspect pourtant fondamental de mon existence: mon projet d'adoption, comme une que j'aurais tenue grossesse secrète. Je ne serais pas la première.

Au cours des dernières années, je suis devenue mère. Depuis le 28 mai 2010, lorsque j'ai appris que j'étais 33ième sur la liste d'attente du Honduras, un enfant grandit silencieusement dans mon coeur.

Les mois se sont égrénés, rognant lentement la liste d'attente. Maintenant que mon tour approche, je m'expose et j'affiche ma propre lettre écarlate. Mon A, comme dans Adoption.

J'aurais pu consacrer mon blog à cette aventure pour le moins roccambolesque, les émotions intenses et la matière narrative n'ont pas manquées. Pourtant, c'est intérieurement que j'ai choisi de vivre ces aléas.

Force m'a été de reconnaître que j'aurais atteint un public fort restreint dans mon entourage (non pas que mes tourments amoureux, ou mes passions artistiques ne soient d'un intérêt supérieur). J'aurais dû m'adresser à un auditoire nouveau - celui des mères célibataires - auquel je ne me sentais pas encore appartenir et auquel je ne voulais probablement pas me contraindre.

Alors voilà. Une nouvelle chronique est lancée, qui devrait durer les quelques mois qu'il reste à ce processus qui par moments m'a semblé interminable.