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samedi 29 mai 2010

L'amimoureux


Je vais conclure cette période de mon blog avec un hommage à une autre blogueuse qui ne fait pas l'unanimité au sein de mon lectorat: Josée Blanchette. Je ne comprends pas trop ce qu'on lui reproche. Peut-être un peu d'exhibition. Mais elle a une plume et un sens de la narration qui n'ont certainement rien à envier à un Foglia qui ne m'émeut plus que très rarement.

Toujours est-il que dans un article - qu'une amie, celle à l'origine du titre de mon blog, a porté à mon attention - JB parle beaucoup mieux que je ne pourrais le faire de son "amimoureux". C'est avant tout un hommage à l'amitié qui arme d'acier le sentiment amoureux. Un hommage aux relations égalitaires, mutuellement nourrissantes.

Elle cite pour se faire - ce ne peut être un hasard - mes auteurs de prédilection. Camus: "ne marche pas devant moi, je ne te suivrai pas. Ne marche pas derrière moi, je ne te guiderai pas. Marche juste à côté de moi et sois mon ami". Et Wilde: "l'amitié est beaucoup plus tragique que l'amour, elle dure plus longtemps."

Et cette belle phrase de montaigne pour son ami La Boétie: "Parce que c'était lui, parce que c'était moi".

C'est un billet extrêment optimiste sur l'amour qui après avoir connu mille tourments -

"j'ai connu l'amour charnel (tout passe, tout casse, tout lasse) l'amour fusionnel (on ouvre la fenêtre j'étouffe), l'amour à distance (pré-Skype), l'amour d'un soir (bonjour-bonsoir), l'amour platonique (un écrivain), l'amour névrotique (c'est pas moi, c'est lui), l'amour paternel (il avait l'âge de mon grand-père), l'amour infidèle (la chair est faible hélas! Disait-t-il), l'amour passionnel (de passio: torture), l'amour clandestin (il était marié), l'amour à sens unique (un comédien), l'amour avec un petit "a" (sans commentaire), l'amour miroir (je suis moi, tu es moi, mais qui sommes-nous? Et l'inverse), l'amour parade (quel beau couple!), l'amour à trois (non, ça non, trop compliqué)".

Après les tourments donc, elle entrevoit la naissance d'un amour serein, et non sans humilité.

"Si j'en parle aujourd'hui, non sans avoir conscience d'éprouver la fragilité d'un lien qui s'accomode mal du vacarme, c'est surtout pour constater que trop souvent j'ai cherché l'amour où il ne se trouvait pas. A l'extérieur de moi plutôt qu'en moi. Dans le bruit. Plutôt qu'en silence".

samedi 6 mars 2010

Et Dieu créa la femme


"Dieu créa la femme non pas du pied d'Adam comme son inférieure, non pas de son crâne comme sa supérieure, mais de sa côte, comme son égale et sa compagne", st-anselme d'aoste, féministe d'avant-garde.

A l'approche du jour de la femme, quoi de plus surprenant que les paroles d'un homme de l'Eglise du VI ième siècle- un moine érudit ayant consacré sa vie à l'interprétation des saintes écritures.

Les archétypes féminins ont été discutés ad nauseam. Dans ce cas-ci c'est Eve, la cote d'Adam. La première femme. "La source de vie", comme son nom l'indique. La mère de l'humanité. La pécheresse est donc venue avant la sainte. On saurait s'en rassurer. C'est la femme de toutes les religions: judaïsme, christianisme et islam.

L'Eglise ne l'a pas sanctifiée (Adam non plus). Les interprétations sont nombreuses sur la symboliques de la création d'Eve et rares sont celles qui lui accorde un statut aussi égalitaire que St-Anselme.

Les juifs par exemple attribuent à Adam une première femme, Lilith, qui ayant été créée de la même poussière que lui aurait refuser de se soumettre à lui et se serait enfuit du paradis. Son nom se traduit par "nuit". Femme démoniaque et insoumise, féconde et dépravée, elle incarne le mal au féminin.

Le Coran ne la nomme pas, mais ne lui fait pas porter non plus la responsabilité de l'expulsion du Paradis.

Eve, donc, mère de toutes les mères. Mère de Cain, d'Abel et de Seth. Sa tombe se trouverait en Arabie Saoudite, sous une chape de béton lourde et charmante comme un tchadore, pour empêcher les visiteurs d'en apprécier la présence...

samedi 27 février 2010

La femme de 30 ans


C'est le titre qui a d'abord attiré mon attention, évidemment, alors que je faisais des recherches sur autre chose complètement. Je nourrissait l'espoir qu'il parle de moi et de mon univers. Etre compris par quelqu'un d'autre , même par un auteur d'un autre siècle, et pouvoir ainsi mieux se comprendre, a ses attraits.

Roman mal écrit de Balzac. Son navet. Publié de façon fragmentaire entre 1829 et 1842, sans unité convainte l'ouvrage fait partie des scènes de la vie privée de la Comédie humaine.

Terrain d'essai, il y explore le vaste univers féminin: misères conjuguales, aspirations juvéniles inévitablement déçues, sexualité.

Portrait d'une autre époque, d'un autre lieu.

Alors qu'est-ce qu'une femme de 30 ans au Québec en dehors des archétypes grossiers et des caricatures inévitables. Toutes les femmes à la fois - la gamme entière des possible. Il ne reste plus que l'embarras de s'inventer.

Le jour de mes 30 ans, j'ai été envahie d'un fort sentiment de liberté. J'avais entre mes mains toutes les cartes d'un jeu gagnant et il ne restait plus qu'à moi de les jouer judicieusement: carrière, enfants, loisirs, ambitions personnelles, situation financière, études, relations, santé.

Ma vie m'appartenait.

samedi 20 février 2010

Lettre de l'éditeur


Très chers lecteurs,

Silencieux, fantomiques, chimériques... Plus d'une vingtaine de chroniques déjà. Trois mois de rédaction dans ce projet que je souhaite prolonger tout au long de l'année 2010. Et je suis sans nouvelle de vous. Qui êtes-vous?

Depuis des années, je suis fidèle quotidiennement à mon journal intime. Enfant, je pratiquais le violon dans mon garde-robe. Je n'ai jamais vraiment cherché les publics. Et pourtant je me prends à ce dialogue intérieur. Même si ce blog ne devait être qu'un monolgue, après tout qu'importe.

C'est mon banc d'essai. Grâce à vous, je renoue avec un autre type d'écriture. Les idées naissent et se définissent dans le processus. D'autres projets germent déjà dans mon esprit, qui verront peut-être le jour dans un futur plus ou moins lointain.

Je découvre dans l'écriture mon salut, dans internet une possibilité d'évasion de mon quotidien souvent bien beige. Je pousse mon imagination dans des contrées inexplorées. Je retrouve certaines formulations et tournures rouillées à force de rédaction bureaucratique sans charme. Je savoure les plaisirs controversés dans la fonction publique fédérale de la langue française, les mots oubliés, les trésors depuis longtemps ensevelis.

En vous attendant, je m'amuse. Je replonge dans mes souvenirs littéraires, des moments de voyage que je ne revisitais presque plus. Mais ne craignez rien. Si vous n'êtes pas au rendez-vous, je vous attendrai.

samedi 13 février 2010

Un coeur en hiver


Christophe (je lui dédie cette chronique pour son anniversaire) me demandait dans son derrnier courriel comment se portait mon petit coeur en hiver. Difficile de répondre à cette question. En février, il fait toujours tellement gris malgré un ciel d'un bleu éclatant (un bleu Birks comme je disais plus jeune en faisant référence à l'écrin de la bijouterie de luxe montréalaise qui trônait fièrement sur la commode de ma cousine).

Je rêvais de trouver un tel bleu pour peindre ma chambre... Mais reproduire le ciel, c'est un défi que la palette de Sico n'a jamais su relever à ma satisfaction.

Film de Chabrol que j'ai vu à plusieurs reprises. Je ne sais plus ce qui m'avait tellement touchée. Peut-être ce constat un peu fataliste qu'il faut parfois se résigner à aimer celui qui est disponible plutôt que celui vers lequel l'âme est plus attiré, mais dont le coeur est en hiver.

Je ne me souviens que de ce film que ce commentaire sur l'accès public à l'art: "si une oeuvre quelque part dans un musée touche la vie ne serait-ce que d'une personne, alors l'existence de ce musée est justifiée".

Comment se porte donc mon petit coeur en février? Traîne-t-il toujours le fardot de tristesse qui lui pesait tant l'automne dernier? Le froid a-t-il eu raison de ses tourments?

samedi 6 février 2010

Le goût des autres


Un des films de Jaoui et Bacri. Je me souviens l'avoir vu à Montréal, au cinéma du quartier latin, avec celui qui allait devenir mon copain peu après. L'ironie veut que mon copain de l'époque devait aussi y assister avec sa nouvelle flamme. C'eut été une rencontre impromptue des plus savoureuses.

Un film sur le sens de l'esthétique, la notion personnelle de beauté. Cet homme sans raffinement qui découvre son goût pour l'art, pour un certain style. Il est initié à ce nouvel univers par son professeur d'anglais, aussi actrice, et son entourage dubitatif devant les enthousiasmes artistiques de l'homme d'affaires aussi peu raffiné et que cultivé.

Découvrir et prendre confiance dans ses goûts, ses préférences, n'est pas un processus si serein pour tous. Surtout quand le contact avec l'art se fait plus tard dans la vie.

J'avais presque 30 ans lorsque j'ai été véritablement en contact avec l'art italien pour la première fois. Je me sentais complètement étrangère à ce monde. Je ne pouvais distinguer le beau, l'intéressant, du répétitif.

J'ai dévoré les livres d'art pour aborder cet univers plein de mystère pour moi. J'ai usé mes souliers dans les musées italiens. A mesure que mon exploration avançait, mes horizons s'élargissaient.

La musique classique est entrée dans ma vie très tôt dans l'enfance. La littérature est arrivée à l'adolescence. Pour ce qui est des arts plastiques, il me semble malgré toutes mes tentatives de familiarisation que ce sera toujours comme une langue étrangère - avec des mots difficiles à saisir, des incompréhensions.

samedi 30 janvier 2010

Chronique de l'au-delà


Avant de commencer l'aventure du blog, j'avais fait quelques lectures et recherches. J'étais tombée par hasard sur une chronique de Josée Blanchette sur la fonction "trépas" qui permet notamment de révéler les mots de passe aux proches d'un utilisateur d'internet qui ne se serait pas manifesté depuis une période pré-déterminée de temps.

Depuis mon initiation à l'art du blog, afin de rendre mes publications prévisibles et de me soulager de l'anxiété de la page blanche, je programme des chroniques bien à l'avance - des mois pratiquement.

Ce qui m'a fait prendre conscience que si je devais mourir brutalement, mon blog me survivrait. Une forme de pérénité. Le présent projeté artificiellement dans l'avenir.

Rien d'original. Bien des gens qui se savent condamner à mort par une grave maladie écrivent des lettres à leurs proches - à leurs enfants surtout - pour être à leurs côtés dans les moments clé de leur vie : la graduation, la majorité, le mariage, la naissance des enfants.

Je découvre donc à l'exercice du blog une nouvelle fonction... Un possible sursis!

"Avec le temps, les gens ont poussé l’usage de la touche “Trépas” encore plus loin. Au lieu d’avouer dans leurs mails qu’ils étaient morts, ils ont prétendu ne pas être morts du tout. En utilisant des algorithmes de réponse automatique qui analysaient avec finesse les nouveaux messages, le programme était capable de générer des excuses pour refuser des invitations, envoyer des félicitations lors d’un heureux événement et assurer le destinataire que l’expéditeur se ferait un plaisir de le revoir dans un proche avenir.

(...)

Ainsi, les touches “Trépas” ont tourné en dérision la notion même de mortalité. Si les humains ont découvert qu’ils ne peuvent arrêter la mort, au moins sont-ils libres de s’en moquer. " (David Eagleman)

samedi 23 janvier 2010

L'enfer c'est les autres


"L'enfer est pavé de bonnes intentions", me dit un jour Louis avec qui je discutais probablement d'une situation professionnelle inconfortable. L'expression, que je ne connaissais pas, me frappa de vérité. Je prends généralement pour acquis la bonne foi des gens et j'ai tendance à ne pas me croire assez importante pour faire l'objet de malice délibérée. Pourtant, l'humanité m'est souvent pénible!

L'expression daterait selon mes recherches du XIIe siècle et aurait été formulée par Saint-Bernard (patron de l'entraide - quelle ironie!)

On tue donc son prochain à force d'amour! Paragraphe magnifique de Fienkielkraut - dans lequel je suis replongée à corps perdu à l'occasion d'une de mes chroniques du samedi - sur la bonté.

"Il est des usages de la culpabilité et de la mauvaise conscience non moins redoutables pour l'humanité que le refus de la responsabilité. Le Mal s'accomplit tout autant par le truchement de la bonté que par celui de la cruauté."

Tout ces gens qui nous veulent du bien ne sont-ils pas souvent pire menace que ceux qui se savent nos ennemis. Combien d'indélicatesses sont comises au nom de l'amitié?

Je vais taire les nombreux exemples qui me viennent en tête de bienfaiteurs qui ont fait le malheur de leurs protégés.

Mais pour notre rédemption et notre consolation, Flaubert. "La conception de paradis est au fond plus infernale que celle de l'enfer. L'hypothèse d'une félicité parfaite est plus désespérante que celle d'un tourment sans relâche, puisque nous sommes destinés à n'y jamais atteindre."

samedi 16 janvier 2010

Gros Câlin


C'est ainsi que je conclue parfois les mots que j'écris à mes amis les plus intimes. J'y prends particulièrement plaisir lorsque je sais que je vais déranger - comme lorsque je courrais derrière mon petit frère de 12 ans mon cadet pour lui faire subir une tornade d'affection. "Vraiment trop affectueuse!", se désolait-il un peu dégoûté par sa grande soeur adolescente.

Etrange tout de même cette préférence naturelle pour ceux qui refusent les attentions. Une amie me confiait aussi être beaucoup plus disposée à mitrailler de baisers son fils le plus réticent aux démonstrations maternelles...

Gros câlin, c'est aussi le titre du roman par lequel j'ai découvert à l'adolescence Romain Gary (Emile Ajar).

Monsieur Cousin, un employé de bureau discret, comble son besoin relationnel avec un python. En quête de tendresse et de rapports affectifs impossibles, déçu par ses amitiés vaines et ses amours chimériques, il est miné par un sentiment d'inadéquation. Il incarne la souffrance de l'homme dans un monde moderne et urbain impersonnel qui l'isole.

"Je suis rentré chez moi, je me suis couché et j'ai regardé le plafond. J'avais tellement besoin d'une étreinte amicale que j'ai failli me pendre."

Comment combler ce besoin fondamental d'affection sans réciprocité - sans l'Autre? Christophe me racontait que sur une île tropicale où il a vécu, un riche propriétaire possédait d'énormes fougères qu'il étraignait régulièrement.

Les arbres, les fougères ou les pythons sont donc autant de substituts à l'Autre l'absent.

samedi 9 janvier 2010

Ils reviennent tous...


Ce matin un ancien visage est apparu parmi mes demandes d'amis facebook. Un fantôme d'un autre temps avec qui je n'avais pourtant terminer les choses ni en beauté ni même en douceur. Je me souviens d'une dernière lettre de ma part plutôt virulante. J'en viens à me demander quel mécanisme de toute évidence efficace lui donne le luxe de se croire encore bienvenu dans ma vie : amnésie, mémoire sélective, refus de comprendre.

Cette anecdote me confirme la certitude nouvelle qui apaise maintenant mon coeur lorsque j'ai la tentation de retenir dans ma vie un amant qui souhaite en sortir: ils reviennent tous!

Je n'ai aucune influence sur le moment ni sur la forme, mais un jour chacun d'entre eux - par courriel, parfois même encore par lettre, par l'entre-mise de facebook ou tout simplement par hasard - réapparait. En général, l'approche n'est pas particulièrement courageuse, comme s'ils avaient quelque chose à se reprocher.

Il m'est arrivé de recevoir des excuses, mais jamais de ceux dont je les espérais. Il m'est aussi arrivé de renouer avec le passé - et l'expérience aidant - de choisir seulement ce qu'il m'offrait de meilleur.

Le criminel revient sur les lieux du crimes - attiré par la même curiosité qui anime l'amant pour les coeurs qu'il a conquis.

samedi 2 janvier 2010

La vie est un Kilimanjaro: vers le sommet


Une fois l'expédition en branle, commence l'ascension pleine d'espoir et d'anticipation vers le sommet. En flanc de montagne, on ne le voit pourtant pas. Une semaine d'aventure et on ne l'apperçoit que dans la dernière heure.

A mesure que le temps passe et que l'on s'approche du but, on comprend que le succès ou l'échec de l'entreprise dépendent d'un ensemble de facteurs sur lesquels on n'a pas toujours beaucoup de pouvoir - et au fond, le sens même d'échec et de succès change avec le paysage de la montagne. De la forêt tropicale au désert alpin, on se retrouve de plus en plus exposé. La quête se fait humble.

1) Les capacités et les limites. Les longues journées de marche et les conditions difficiles mettent d'abord le corps à l'épreuve. Le randonneur s'éblouit et se désespère de la tyrannie de ce corps auquel il attribue initialement l'issue de son expédition.

2) Le caractère. Si le corps parcourt une grande partie de la distance, ce sont la persévérance et la volonté qui gravissent les derniers mètres.

3) La préparation. Etre outillé avec le matériel adéquat n'a peut-être pas d'impact sur la conclusion, mais change le présent tout au long de l'aventure.

4) L'entourage. La compagnie d'un sherpa expérimenté évite de se perdre en chemin. Certains conseils nous sauvent des détours inutiles, nous rassurent, nous donnent confiance et un peu de force pour nous transporter au moins quelques mètres.

5) L'environnement. La nature est actrice a part entière dans cette aventure: le climat et les intempéries s'en mêlent. La noirceur d'une nuit sans lune rend l'ascension vers le sommet plus dramatique. Une tempête de neige brouille les pistes. Une chute de grêle oblige à rebrousser chemin et à trouver refuge.

6) Les innatendus. Enfin, il y a aussi tout ce qui ne dépend que du hasard. Le mal de l'altitude s'abat sur le marcheur à quelques mètres du sommet et le terrasse, le jetant à genoux.

Au fond, vivre - c'est l'ascension d'une montagne. Ca demande beaucoup d'humilité. Mieux vaut ne pas se concentrer sur l'atteinte d'un sommet qu'on ne voit même pas pour profiter pleinement de l'aventure.

samedi 26 décembre 2009

La vie est un Kilimanjaro: l'expédition (partie 1)


C'est le titre que je donnerais à mon livre de psycho-pop, si je devais en écrire un. (Non pas que cela fasse véritablement partie de mes intentions ou projet -apprendre aux autres à vivre- très peu pour moi).

Un projet personnel important, c'est une expédition. Qu'il s'agisse d'entreprendre une carrière, de tomber amoureux, de réaliser un rêve, il y a plusieurs attitudes possibles:

1) Contemplative. Pourquoi monter la montagne quand l'admirer d'en bas permet en fait d'en apprécier davantage la beauté?

2) Méthodique. Une fois l'entraînement suivi rigoureusement, le matériel aquis et les ressources financières assurées, l'expédition peut prendre forme. Mais il est surprenant comment certains s'éternisent dans une préparation qui ne semble jamais suffisante jusqu'à ce que les années achèvent finalement le sabotage que leurs doutes avaient joyeusement entrepris.

3) Communautaire. C'est un projet collectif, qui se pense, se prépare et se vit avec un groupe significatif (conjoint, amis, famille). Parfois même pour une bonne cause. (Mais entre vous et moi, le prétexte est aussi bon que la cause pour se permettre de vivre ses rêves)

4) Spontané. La décision se prend dans un élan du coeur. Le regret de l'échec vaut mieux que le remord de ne pas avoir essayer.

samedi 19 décembre 2009

Chaque jour, une nouvelle aventure


N'est-ce pas la meilleure façon d'aborder le quotidien pour pouvoir y survivre sans s'enliser dans l'ennui? Chaque jour, dès le levé, une nouvelle aventure s'offre à nous. C'est une question de perspective. Les drames qui bouleversent un destin irrémédiablement sont rares. La tragédie épargne même certains. Mais dans chaque journée il y a un fait, un geste, une pensée, un doute, qui oriente imperceptiblement l'avenir. Ce sont ces petits événements sans importance apparente qui donne une saveur particulière à chaque journée.

Je tiens depuis quelques années un journal. C'est ainsi que je traque dans mon quotidien ce qui a l'odeur du changement. Une chasse aux trésors où chaque indice compte. Je fais deux paris : 1)une anecdote pourrait se métamorphoser en événement sous l'effet du temps qui passe 2)les petits hasards heureux que je note chaque jour nourrissent ma foi dans le potentiel que me réserve demain.

J'ai eu le courage d'envoyer un courriel à quelqu'un que j'aimerais connaître davantage ou encore j'ai trouvé les mots pour gentiment faire comprendre à quelqu'un d'autre que ce n'est pas le cas, j'ai envoyé mes cv pour une charge d'enseignement dans les cégeps, j'ai passé l'examen d'anglais nécessaire à ma promotion, S. a répondu à mon message j'ai soupé chez Amélie avec les filles, j'ai croisé Frédéric par hasard dans une boutique du marché, mon ex m'a invitée à être son amie facebook, j'ai repris l'entraînement dans l'espoir de m'attaquer enfin à l'Himalaya, j'ai imaginé un nouveau plan quinquennal... autant de faits divers qui tissent la trame de mes journées.

samedi 12 décembre 2009

Lorsque l'on parle des autres, on parle de soi


Lorsque je méditais sur ce projet de blog et tentais d’en imaginer la structure et la nature, j’avais envisagé d’écrire une chronique hebdomadaire sur la nature humaine- celle des autres évidemment! Extraire la substantifique moelle - comme dirait l’autre - de mes conversations et de mes observations. Amis du monde entier, tenez-vous le pour dit! J’avais l’intention d’engager via ce blog un dialogue psychanalytique avec ceux qui croisent ma route. Mais parler des autres, c’est toujours parler surtout de soi me rappelle sagement Marie-Josée chaque fois que je me rebelle contre des commentaires que me font certains amis. « Ils ne parlent pas de toi, mais d’eux », me rassure-t-elle. « De leurs peurs, de leurs angoisses, de leurs désirs inassumés ». Après tout, nous sommes tous des monstres d’égocentrisme.

C’est une façon plus sophistiquée de nommer la « projection ». Les blocages des autres nous renvoient à nos propres enjeux irrésolus. Nous réagissons à nous même et notre dialogue se résume donc souvent à un monologue avec soi. En cherchant une solution pour quelqu’un, c’est nous que nous tentons ultimement de sauver.

A l’aube de me lancer dans cette aventure du blogging, la question se pose. Ne vais-je pas m’exposer davantage alors que je comptais me cacher sous le masque de mes personnages? Parler des autres, c’est peut-être l’ultime façon de se cacher, de se révéler et de se chercher.

En ce sens, l’exercice n’est probablement pas vain puisque nous sommes généralement beaucoup plus lucides quand il s’agit des autres. On révèle souvent à nos interlocuteurs des vérités intimes qui restent pour nous des secrets, même après les avoir énoncées. Après de longs mois à discuter de sa situation matrimoniale, une amie me téléphone pour m’annoncer comme une révélation qu’elle avait décidé de se séparer. Il me semblait pourtant que c’était l’unique sujet de nos conversations depuis si longtemps. J’ai alors compris qu’il nous arrive de savoir, de verbaliser, mais en même temps de ne pas s’entendre soi-même. Aussi égocentriques sommes nous, il semble que nous sommes sourds à notre propre voix.

samedi 5 décembre 2009

L'Autre


Voilà! J'ai trouvé le thème de ma chronique du samedi: l'Autre.

Lorsque j'avais 17 ans, je suis secrètement tombée amoureuse d'un collègue de classe. A l'époque, je ne me confiais à personne - comme si la confidence eut le potentiel de révoquer le sort dont j'étais sous l'emprise. A ce jour, je n'ai jamais révélé l'identité de celui qui aura été l'amour le plus intense de ma vie, parce le premier.

Comme la première crise d'angoisse (qui m'a aussi terrassée à 17 ans - décidemment l'âge de l'extase et des tourments) est la plus dévastatrice - parce que la première. Elle nous prend par surprise. Les symptômes nous effraient. On est soudainement plongé dans un univers étranger et hostile au fond de nous même. On se perd en soi, sans repère, avec le sentiment que l'on n'émergera jamais plus. Mais on émerge chaque fois. Faute d'apprendre à les dompter, angoisse comme amour, on finit par les apprivoiser.

Extase et tourments, disais-je donc! Il n'a jamais eu de nom. Lorsque je devais y faire référence, je le désignais comme "l'Autre".

J'étais amoureuse de "l'Autre"! Avec le recul, je trouve mon choix de surnom ironique et extraordinaire à la fois. Je n'avais aucun désir de poésie ou de psychologie. J'avais probablement adopté à l'improviste le premier mot qui m'avait traversé l'esprit pour le bien d'une conversation où je le mentionnais.

Je n'ai pleinement savouré ce choix que plusieurs années plus tard au hasard d'une lecture: la sagesse de l'amour, d'Alain Finkielkraut. Quel étonnement de trouver mon premier amour désigné par son unique nom: l'Autre!

A 17 ans, j'étais une philosophe qui s'ignorait. J'avais synthétisé en un mot l'essence du sentiment amoureux et du choc de la rencontre avec autrui. J'avais pris violemment conscience de l'existence de l'autre. Ca sert à ça le premier amour: nous sortir de la torpeur narcissique de l'enfance.

Voilà ce qu'en dit Finkielkraut, donnant un sens à ma juvénile expérience:
"Si déraison il y a, elle n'est pas déconnection mais rencontre, elle ne tient pas, comme dans la psychose ordinaire à l'oubli de l'autre, mais à son irruption. L'amour a ceci de terrible qu'il détruit toutes les barrières, toutes les procédures, toutes les conventions qui maintiennent le commerce des hommes à une température moyenne, et protègent la vie du visage d'autrui. Dans l'amour, l'Autre vous arrive du dehors, s'installe en vous et vous reste étranger".