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mardi 4 janvier 2011

L'étoile (17)


J'allais parler de mon étoile à moi, mais je lui consacre déjà plusieurs chroniques sur ce blog, ce qui m'amène à céder la place à André Breton (vous ne l'aviez pas vu venir, n'est-ce pas?) et son poème Arcane 17 écrit en Gaspésie, terre natale de ma mère, en 1944. Il s'y était rendu en compagnie d'une certaine Elisa Claro, sa troisième épouse en devenir. Une déclaration d'amour dans le style surréaliste.

« Dans le rêve d'Elisa, cette vieille gitane qui voulait m'embrasser et que je fuyais, mais c'était l'île Bonaventure, un des plus grands sanctuaires d'oiseaux de mer qui soient au monde. Nous en avions fait le tour le matin même, par temps couvert, sur un bateau de pêche toutes voiles dehors et nous étions plu, au départ, à l'arrangement tout fortuit, mais à la Hogarth, des flotteurs faits d'un baril jaune ou rouge, dont le fond s'ornait au pinceau de signes d'apparence cabalistique, baril surmonté d'une haute tige au sommet de laquelle flottait un drapeau noir (le rêve s'est sans doute emparé de ces engins, groupés en faisceaux irréguliers sur le pont, pour vêtir la bohémienne). »

"Il est merveilleux que ce soient les plis mêmes imprimés aux terrains par les âges qui servent de tremplin à la vie en ce qu’elle a de plus invitant: l’essor, l’approche frôlante et la dérive luxueuse des oiseaux de mer . Il y a le tremblement d’une étoile au-dessus de tout ce qui tente, et farouchement évite aussitôt le contact humain, comme les très petites filles."

mardi 28 décembre 2010

La maison de Dieu (16)


Une tour de Babel qui s'effondre. Je me souviens petite, j'avais entendu une de mes tantes parler de son fils pourtant talentueux qui venait d'échouer un semestre au collège en disant qu'il venait de connaître son "Waterloo". J'ai probablement compris plus tard, dans un cours, d'histoire, de quoi il était question. Et plus tard encore, au hasard d'un voyage que ce fameux "Waterloo" se trouvait en Belgique (un moment de distraction dans le dit-cours d'histoire expliquerait sûrement la conviction que j'avais que cette bataille avait eu lieu en Angleterre).

Fascination que nous nourrissons tous pour les échecs grandioses : le Titanic, Napoléon, la tour de Babel...

Une tour pour atteindre le ciel. La prétention de l'Homme qui cherhce à s'approcher de Dieu. Au fond de chacun de nous se trouve cette aspiration à se dépasser, à se mesurer à plus grand que soi. Mais aussi, assez de mesquinerie pour ressentir une inavouable satisfaction devant l'échec d'autrui.

L'effondrement d'une autre tour, celles du World Trade Centre en 2001 n'avait-il pas provoquer dans certains coins du monde, son lot de manifestations de joie. Deux petits avions qui touchaient le géant en plein coeur. David contre Goliath.

mardi 21 décembre 2010

Le diable (15)


Enfin! On s'éloigne diamétralement de la tempérance qui précédait le Diable et ses influences maléfiques... Carte de tous les excès! Certainement celle de l'extase et des tourments. Et pourtant, je me sens peu d'intérêt et d'affinité avec cette figure.

En plus, par les temps qui courent, il me semble que c'est une figure un peu désuète. Qui en effet se préoccupe du diable de nos jours? On ne le craint plus. On ne le prend même pas au sérieux. Bouc émissaire des biens pensants tout au plus, il est comme le dernier de classe un peu insignifiant qui joue avec ses petites autos pendant les cours et qui se prend toutes les remontrances de la maîtresse d'école. Un pauvre diable, comme on dit justement!

Ou encore, un bon diable, s'agiter comme un beau diable, tirer le diable par la queue, aller au diable, ça ne vaut pas diable, se donner un mal du diable... C'est dire le crédit qu'on lui accorde. De quoi avoir pitié!

Dans les pays scandinaves, contrairement à nos contrées catholiques, il est beaucoup plus tabou de parler du mal que du bien. Il est offensant de parler du diable justement. "Ajorte"

J'ai fait la connaissance d'un inuit au Groenland qui portait ce surnom (En faisant des recherches, je suis tombée sur un autre blog où il est question de lui http://berclo.net/page04/04fr-greenland-4.html). J'ai rencontré le Diable! Un ex-opioman qui s'est converti en travailleur social après l'overdose de sa compagne de longue date. Kristian de son vrai nom!! Dieu et Diable qui cohabitent dans une même personne....

mardi 14 décembre 2010

La tempérance (14)


"L'abstinence totale est plus facile que la parfaite modération" (Saint-Augustin)

A quoi répond Robert Benayoun "l'abstinence est une bonne chose pourvu qu'on la pratique avec modération"!

Pour un blog dédié à l'extase et aux tourments, quel revirement!

La modération, voilà ce que ma mère, dans sa sagesse, s'est acharnée à prêcher devant mes peines accablantes et mes joies explosives. Les émotions fortes effraient ceux qui ont le tempérament tempéré, je l'ai compris tôt.

Il m'a été profitable à plusieurs égard de naître d'une mère qui m'était si différente. Elle admirait chez moi des forces qu'elle n'avait pas. Elle avait des complexes qu'elle ne me transmit pas. Bref, il y a espoir, on n'hérite pas seulement des névroses de nos mères (voir chronique "de la paternité" en octobre).

La tempérance donc, comme la croix qui ornait le haut d'un mur de la cuisine chez ma grand-mère et ma tante Laurence. Ma mère m'avait expliqué qu'elle indiquait une maison où on ne consommait pas d'alcool. Un extrémisme, quant à moi, auquel ma famille, au sens le plus large, ne s'est jamais adonné. J'ai, de toutes les familles au monde, la plus modérée, tissée de gros bon sens, de discrétion et de mesure(c'est du côté maternel, on s'entend).

J'ai aussi et heureusement un héritage paternel pour équilibrer toute cette sagesse.

mardi 7 décembre 2010

La mort (13)


C'est la carte sans nom qui porte le numéro 13. Elle représente la mort, mais n'en porte pas le titre car on ne peut la nommer. Si elle revient souvent dans les films pour annoncer la fin tragique d'un personnage, sa signification divinatoire réelle n'est en rien aussi tragique.

Elle annonce un changement de vie déjà accompli et la renaissance - le début d'une relation, d'une carrière, d'une vie nouvelle. C'est en fait la mort de ce que l'on était avant - comme l'enterrement de la vie de garçon - un rite de passage.

Comme si l'homme de tout temps avait reconnu l'inconfort qui accompagne les transitions - le rite de passage marque le courage nécéssaire pour traverser cette inévitable transformation en même temps qu'il confirme l'appartenance à un nouveau groupe.

J'adorais dans ma petite enfance, l'histoire du vilain petit canard. Il me semble avoir repenser à ce conte tout au long de l'adolescence - qui est en soi une étape de transition avec ses difficultés. "Growing pain" disent fort à-propos les Anglos!

"Il n'y a aucune importance à être né parmi les canards si on a été couvé dans un oeuf de cygne! Il ne regrettait pas le temps des misères et des épreuves puisqu'elles devaient le conduire vers un tel bonheur!"

mardi 30 novembre 2010

Le pendu (12)


Voir les choses sous un autre angle! Combien de quiproquo me serais-je évités si j'avais cette faculté d'envisager les situations de plusieurs points de vue?

Dans ma tendre jeunesse, alors que je faisais du pouce dans les campagnes irlandaises en compagnie d'une institutrice française avec qui j'enseignais dans un camp d'été, nous avions été prises à bord d'une camionette par un jeune homme somme toute charmant. Pendant les premières heures du trajet, nous avions tranquillement badiné. Nous faisions gentiment la conversation lorsqu'il mentionna qu'il était un passionné de moto. Je détestais au contraire la chose, lui racontant que j'avais eu la frousse de ma vie sur un tel engin.

Soudain pris d'un accès de timidité, se mordant les lèvres pour ne pas poser une question qui le brûlait, il finit par se lancer, non sans créer une certaine appréhension chez moi avec toute cette hésitation: "were you wet?". Ne comprenant pas très bien le sens de cette question, je me suis dit que "mouillée" dans ce cas devait faire référence à "sueur froide" ou quelque chose du genre. J'ai vite compris à son regard que j'avais mal interprété alors il répéta, se passant cette fois-ci une main entre les jambes pour illustrer son propos. Me demandait-il si l'expérience m'avait excitée?!?!

J'avais 19 ans. Je devins sur le champs écarlate de colère, mettant brutalement fin à une conversation qui avait été jusque là légère et sans malice. Comment pouvait-on se permettre une telle vulgarité? Et ma co-voyageuse française qui ne bronchait pas!

A la station-service où nous nous étions arrêtés pour faire le plein, je la prends à part. "Mais, tu as entendu ce qu'il a dit? Il est hors de question que je retourne une minute de plus avec ce pervers!". Ce sur quoi elle me répondit le plus calmement du monde "voyons Eugénie. Tu lui disais que tu avais eu peur en moto et il t'a demandé si tu avais fait pipi dans ta culotte." Puis elle ajouta avec un sourire discret: " J'avais bien deviné le malentendu. C'est vrai que le geste dans l'entre-jambe portait à confusion." Et de ce coup, c'est moi qui me trouvait confuse... L'esprit pervers était donc le mien!

mardi 23 novembre 2010

La force (11)


Chaque carte a une interprétation dominante, mais c'est la limite entre les deux pôles de cette interprétation, positive et le négative, qui m'intéresse le plus. La ligne de faille autant que la clé de voûte. Si la force parle de détermination et d'esprit volontaire, elle réfère également à la discipline et au contrôle de soi. Et c'est là que les choses deviennent dignes d'intérêt. Lorsque le barrage qui retient courageusement le torrent depuis des années s'apprête à céder.

Le contrôle de soi. Il me semble que ce soit un concept surtout masculin, mais je pourrais bien me tromper. Ce sont des conversations récentes qui me donnent peut-être cette impression. Un collègue notamment, qui s'il se voyait avec mes yeux se rendrait bien compte qu'il se noie, mais qui prétend avoir toujours la situation bien en main. Qui se sabote comme j'ai rarement vu, mais qui croit encore qu'il peut tout arranger à force de volonté. Qui a miné sa vie avec plus de soin et de zèle qu'un moudhjahidine tchéthène, mais qui se convainc toujours que ce n'était qu'un moment de folie.

Alors je reste sur la berge. Je le regarde jouer les Hercules tentant d'endiguer le cours d'un fleuve qui de toute évidence veut aller ailleurs. Une guerre d'usure dont je n'ignore pas le vainqueur.

Ce qui me plaît du contrôle de soi, c'est qu'il annonce la mutinerie justement. Du combat intérieur qui se jouera inévitablement, je demeure une spectatrice attentive et passionnée.

mardi 16 novembre 2010

La roue de la fortune (10)


"Parce que seul l'instant présent m'appartient", disent les yogis. La roue de la fortune parle du mouvement perpétuel et des cycles de la vie. Le cycle qui caractérise le mieux la mienne est celui qui m'amène de la sédentarité à la nomadité. Christophe me l'avait décrit pour la première fois lorsque nous nous sommes connus, il y a bien une dizaine d'années. Il s'apprêtait à affronter l'océan en voilier. Cette mésaventure aura nourri des racines chez lui puisque je l'ai retrouvé une petite décennie plus tard solidement ancré à Montréal.

Christophe m'avait parlé de ce sentiment de lourdeur qui s'installe insidieusement. Un jour, on se réveille et le mobilier nous semble pesant, le garde-robe plein de vêtements inutiles, les bibelots, les souvenirs de voyage superflus... Ce jour-là, le poids de nos biens matériels nous étouffe et on commence à donner, jeter, recycler. On voudrait qu'une valise puisse contenir l'ensemble de ses avoirs et on se surprend à rêver d'ailleurs.

Puis on part à l'aventure. On se sent léger. C'est l'insoutenable légerté de l'être. L'inconnu prend des airs de liberté.

Jusqu'à ce que l'appel du pays se fasse de nouveau sentir. Le goût de s'installer, de s'enraciner prend le dessus. On se croit guéri...

Je suis une enfant de la course destination monde et comme plusieurs d'entre vous peut-être, les mots d'Hugo Latulippe dans son dernier film me sont restés:

La Terre plantée dans le coeur
Partir, partir parce qu’on poursuit tous des idées mythiques.
Partir par pur souci esthétique. Partir parce que c’est important de savoir.
Partir parce que c’est rock n roll. Partir sur les traces de nos rêves. Partir, mais partir pour revenir... Revenir, revenir plein de soleil et d’espoir d’ailleurs parce qu’on a compris que d’un point de vue logistique, on s’auto-suffit, mais qu’émotivement, pas du tout.
Revenir parce que ça fait du bien. Revenir parce qu’on en a assez de s’immiscer dans la vie des autres et qu’on veut entendre l’avis des nôtres.
Revenir et ne jamais oublier la guerre, la misère, la haine, les blessures.
Revenir pour ne plus jamais s’incliner devant autre chose qu’une montagne, un arbre, une rivière, un sourire.
Revenir et prendre le parti des enfants, des baleines, des aurores boréales et des odeurs de printemps.
Revenir après 40 décollages, 97 contrôles douaniers, 567 repas,62 interviews, 6 ou 7 sanglots, 3165 éclats de rire, une vingtaine de p’tits films et une conviction.
Si les p’tits culs de Karashi peuvent sourire à manger de la marde.
Si les petits soudanais peuvent danser l’estomac plein de sable.
Si un palestinien peut oublier le meurtre de sa mère au nom de la paix, j’vois pas pourquoi moi, j’aurais pas confiance jusqu’à la fin du monde.
J’vois pas pourquoi moi, j’sourirais pas jusqu’à la fin des temps.
Revenir, persuadé que la seule chose au monde qui compte vraiment, c’est d’avoir un coeur pour revenir.
Revenir, de l’humanité plein la tête.
Revenir, la Terre plantée dans le coeur. Revenir, mais revenir pour repartir.
Ce soir, c’est fini et ma tête tourne, mais la Terre tourne. Salut!

mardi 9 novembre 2010

L'hermite (9)


Voilà une carte qui me rejoint en ce moment : celle du mouvement lent et de l'attente. Certains lecteurs connaissent mes projets de vie et saisissent dans quelle mesure cette douce progression des choses se traduit dans ma vie. C'est aussi d'ailleurs la carte de la discrétion, de la prudence et de la patience.

L'hermite parle de la recherche méthodique de la vérité. C'est un projet trop amibitieux pour moi. Je ne saurais d'ailleurs pas très bien définir la vérité. Tellement de nuances et de contre-exemples m'ont forcé à accepter qu'au mieux, les années me permettront de me comprendre davantage, mais que même ces vérités que j'aurai récoltées au gré du temps ne seront probablement vraies que pour moi. Par contre, quelle sensation merveilleusement libératrice chaque fois que la lumière se fait dans un coin de notre âme resté jusque là dans l'obscurité.

L'hermite réfère également à la fatigue, aux phases difficiles, aux zones d'ombre. Combien de fois ai-je été témoin de la traversée du désert de mes amis - crises conjugales, séparation, fausse couche, infertilité, réorientation professionnelle et sexuelle, épuisement et dépression? Si je me réjouis de leur bonheur, rien ne m'inspire plus de respect que de les voir accepter lucidement d'aller vers l'intérieur pour y chercher des réponses - qu'ils connaissaient souvent avant même de plonger et qu'ils craignaient tout aussi certainement parce qu'une fois le constat mis à jour le dur effort de la transition ne peut plus être évité et il faut prendre le risque de s'engager dans une nouvelle voie.

mardi 2 novembre 2010

La justice (8)


La Justice, avec une majuscule. Qui est-elle? Si Salomon était un homme, il semble pourtant que ce soit toujours cette femme aveugle, une balance et une épée à la main qui l'incarne. Une figure allégorique de la mythologie romaine. Plus tard, elle sera représentée enceinte pour montrer son expérience de la vie.

La justice au sens légal est contraignante. Elle s'articule autour des règles sociales. Comme le disait mon ex-procureur de frère, la chose fascinante dans la poursuite c'est de déterminer dans quelle mesure la société peut limiter l'exercice de la liberté d'un individu. Cette question se réinvente toujours. Je suis née dans une société qui condamnait l'avortement et acceptait sans contrainte la cigarette et l'alcool au volant. Je me souviens de mon étonnement lorsque j'ai appris lors d'un de mes voyages du début de la vingtaine que l'Irlande interdisait le divorce! Je n'aurais jamais même pensé que la chose soit possible. Comme quoi nous sommes un fruit de notre société et la justice n'en est que l'expression.

La justice au sens moral remet ultimement l'individu face à lui- même. Très protestant comme concept. On dit que les catholiques sont des bons vivants car ils bénéficient de l'absolution du prêtre. Leurs péchés se négocient contre des punitions. Le protestant est pris avec le poids de sa conscience. Il répond directement de ses actes à Dieu. Et comme le disaient les religieuses qui m'enseignaient "les voies du seigneur sont impénétrables"! Pas facile d'avoir la conscience tranquille!

mardi 26 octobre 2010

Le Chariot (7)


La carte du triomphe et de la certitude. Voilà qui me ramène à Milan, dans un café des Navigli où j'avais une conversation avec une jeune collègue pleine de certitudes justement. Elle avait rencontré son conjoint à l'école secondaire. Ils avaient fait un mariage somptueux. Ils avaient tous deux réussi le concours et allaient partir en poste ensemble. Dans leur courte vie, tout leur avait souri. La réussite et les succès étaient pour elle une évidence. Et c'est lorsqu'elle s'est exclamée "quand c'est le bon, on le sait tout de suite", que j'ai compris que la vie m'avait enseigné une grande leçon. Quelques années auparavent, j'avais eu la certitude moi aussi d'avoir "rencontré le bon" et je m'étais alors là royalement fourvoyée. Une erreur qui m'a très longtemps ébranlée. Et j'ai compris à cet instant que n'eut-je pas vécu cet échec, j'aurais certainement cette arrogance prétentieuse de ceux qui sont armés de leur certitude. Que le doute qui m'habite depuis, s'il me rend plus fragile et vulnérable, me permet également de saisir des nuances qui m'échappaient jusque là; me force à l'humilité, mais m'offre en échange une humanité beaucoup plus riche.

Devant le triomphe et la gloire, je fais l'éloge de l'incertitude! Dans le testament, le passage qui me touche le plus est d'ailleurs celui pendant lequel Jésus, sur le Mont Golgota, prie alors que ses disciples sont endormis et demande "Père, pourquoi m'avez-vous abandonné?". Nul besoin d'être religieux pour reconnaître ce sentiment universel d'abandon et d'isolement devant un deuil, un échec, une difficulté.

mardi 19 octobre 2010

L'amoureux (6)


J'aurais tellement voulu parler d'amour, de grands sentiments - mais il semble qu'aucune carte n'y soit consacrée. En plus, l'amoureux au singulier, ça peut être une chose bien triste. Mais étrangement, ce n'est que le tarot de Marseille qui lui réserve ce triste sort. Les anglos le font vivre au pluriel...

Enfin, l'amoureux solitaire. Il faut croire que les cartomanciennes n'aimaient pas les histoires qui se terminaient bien.

C'est peut-être pour cette raison qu'elle annonce un choix déterminant pour l'avenir, des hésitations, une situation instable et ambivalente. Attente et désir.

L'attente, tributaire du désir ou de la peur, parce que sans eux elle n'existe pas. C'est une souffrance extrêmement subtile que d'anticiper une chose que l'on craint ou d'espérer une chose que l'on souhaite. C'est parfois lourd d'avoir le coeur en gestation.

Dans sa plus belle forme artistique, l'attente devient le choeur à bouches fermées de l'opéra Madame Butterfly. Abandonnée enceinte et dans la honte par son amant américain quelques années plus tôt, elle apprend son retour imminent. Ce choeur magnifique entonne doucement cet air d'anticipation, un des préférés de ma mère. Un murmure à peine. Elle regarde la mer qui doit lui ramener le père de son enfant et son amoureux. Toute sa joie est contenue. Le chant reste à l'intérieur. Madame Butterfly, c'est une amoureuse bien solitaire!

mardi 12 octobre 2010

Le pape (5)


Cinquième carte: le pape. Comme le pape Borghese et sa famille m'ont inspirée la semaine dernière, voyons où celle-ci me mène. On parle d'abord de protection divine, de religion et de sacré. Voilà qui est plus intéressant. La notion de sacralité.

Qu'est-ce qui est sacré en 2010? J'ai très peu réfléchi à la question. Par définition c'est notamment "ce qui a trait à la religion et a pour objet le culte de dieu". Mais le terme peut aussi s'appliquer à des objet païen - comme le boeuf sacré des Indiens. Cet aspect par contre m'intéresse peu.

J'ai repris récemment la pratique régulière du yoga - et c'est ce qui se rapproche le plus du sacré dans ma vie. Comme le veut la philosophie sous-jacente au yoga : "Mon corps est le temple de mon âme"! Voilà pour ma pratique spirituelle! Je privilégie une approche très peu sportive (pour ceux qui sont familier avec le vaste univers du yoga). J'y ai appris une chose aussi banale que respirer - et ça a fait toute la différence.

Cette carte réfère également à la moralité, mais aussi à la bonté et à la miséricorde. Et je me découvre souvent janséniste, rigide moralement comme une hammish. Je suis d'une rigueur morale que j'avoue être probablement immature. Il m'arrive régulièrement de m'offusquer d'une situation - que mon père, en quelques mots qui débutent généralement par "mais, ma petite Eu...", réussit à remettre en perspective.

mardi 5 octobre 2010

L'empereur (4)


Quatrième carte du jeu: l'empereur. Il incarne la stabilité, c'est préférable pour l'empire - mais on en a connu des moins fiables. S'il y a eu César, il y a aussi eu Néron. Mais bon, la Rome antique pour les cartomanciens ce n'est peut-être pas trop pertinent. Il est un symbole de solidité et de durabilité. C'est Trojan qui me vient en tête - mais ça na rien à voir.

Alors là: protection d'un personne puissante et hautement placée. Le népotisme. Sujet dont je me régale volontiers car le terme rend hommage à un personnage que je ne peux pas blairer: le cardinal Borghese. Un voleur de première pour ceux qui n'auraient pas eu le chance d'en faire la connaissance! Il s'agit de visiter la Gallerie Borghese dans le parc du même nom au centre de Rome pour mesurer l'esprit tordu de ce vil individu qui s'est approprié par les moyens les plus sournois une collection d'art sublime. Et n'allez pas me dire que "la fin justifie les moyens". Dicton nieztchéen s'il en est. Bref, ceci n'expliquant en rien cela, il s'avère que ce cardinal était en fait le neveu du pape - un Borghese également - c'est de famille. Il avait donc le titre particulier de "cardinal-neveu (nipote - en italien)" qui le plaçait légèrement au-dessus de ses collègues. De ses abus de pouvoirs dûs à ses connexions familiales vient le terme "népotisme".

On ne sait jamais par quels détours une simple carte peut nous faire passer...

mardi 28 septembre 2010

L'impératrice (3)


La Venus du tarot, cette carte est celle du triomphe de la féminité et de la beauté, du charme, de l'intelligence et de la séduction. La beauté à laquelle elle renvoit repose sur l'élégance, la liberté et la bonne entente.

Ah! La beauté! Pour moi, la spiritualité est essentiellement esthétique. Une cathédrale par exemple, qui a requis cent ans à construire, qui a exigé des sacrifices humains, des efforts incommensurables, les ressources de toute une population somme toute pauvre. J'ose y voir plus que le délire de grandeur d'une Eglise qui ruinait le peuple pour démontrer sa toute puissante, mais l'expression de ce peuple qui cherchait à s'élever au-delà de sa condition et aspirait à la perfection et à la beauté.

La quête de la beauté à mon sens est ce qui se rapproche le plus d'une démarche spirituelle - le souhait d'un individu de se dépasser. Je suis certaine que Malraux en a déjà parlé. C'est ce qui m'avait motivé à entreprendre ma maîtrise en littérature sur ses essais sur l'art, justement. Esthétique et condition humaine sont des thèmes qui m'ont toujouts intimement fascinée.

mardi 21 septembre 2010

La papesse (2)


Premier personnage féminin du tarot, elle fait référence au lent processus de croissance intérieur et au parcours initiatique vers la connaissance de soi. Elle oppose ainsi l'esprit à l'action de la carte précédente (le bateleur). Elle incarne la dimension spirituelle, l'évolution silencieuse des choses, la maturation. Elle invite à la méditation.

Elle est la carte de la psychanalyse et de l'inconscient. Ah, les merveilles de l'inconscient!! Une traduction de l'allemand semble-t-il. "Concept de psychologie qui désigne l'activité psychique se déroulant hors de la sphère consciente dans l'esprit d'un individu."

Et là tout un univers s'ouvre à nous : désir subconscient, c'est-à-dire "refoulé", perception subliminale (ou instinct), préjugé implicite et autres.

Les actes manqués et les lapsus qui expriment des désirs non formulés, qui sont des passages à l'acte déguisés. L'échec qui provoque une satisfaction pulsionnelle... Qui ne s'est jamais saboté et n'a ressenti un certain réconfort dans son désarrois?

L'hypnose et le rêve sont les deux portes d'accès à l'inconscient privilégiés par la psychanalyse. C'est qu'il faut être un peu poète pour se comprendre...

J'ai récemment entrepris de plonger au coeur de mon inconscient par une forme d'auto-hypnose et de reprogrammer certains blocages qui limitent mon plein potentiel. Un peu comme les athlètes de haut niveau. Ma façon de voir la vie comme un match de calibre professionnel!

mardi 14 septembre 2010

Le bateleur (1)


Première carte du tarot, elle annonce une action nouvelle, une initiative. Elle contient les qualités de la jeunesse et l'énergie créatrice. Elle invite à l'adaptation. Portant le numéro I, elle symbolise l'unité, l'origine, le départ.

Elle réfère à une personne qui fait des tours d'acrobatie, d'adresse, d'escamotage dans les foires et sur la place publique. Il peut s'agir d'un magicien ou d'un saltimbanque. Etrangement, elle appelle aux qualités diplomatiques. Agents du service extérieur, politiciens, relationnistes qui m'entourez, ne seriez-vous donc que des amuseurs publics?

L'art de plaire et de faire illusion. L'art de la séduction. Don Juan pourrait bien illustrer les deux facettes de ce personnage qui a le défaut de ses qualités, aussi rusé, un peu charlatan. Mais je préfère Casanova, aventurier vénitien, à la fois violoniste, écrivain, magicien (dans le but avoué d'escroquer Mme d'Urfé), espion, diplomate et bibliothécaire.

Il s'inventa des noms d'emprunt, des titres inexistants. Perfide et charmant, il a raison du coeur des femmes. Dans son autobiographie, il alla jusqu'à confesser l'inceste - mais on pourrait croire qu'il s'en vante plus qu'il ne s'en repent.

Né de parents comédiens, il entreprend d'abord une carrière ecclésiastique - déjà tribun. Puis il quitte tout pour sillonner l'Europe, passant de prisons aux cours des souverains.

Philosophe, il jugeait que "si les plaisirs sont passagers, les peines le sont aussi"!

mardi 7 septembre 2010

Le fou ou le mat (0)


La première et dernière carte du jeu de tarot - celle qui n'a pas de numéro. Le fou.

Insouciant, confiant et plein d'espoir il part à l'aventure vers l'inconnu, se laissant guidé par son intuition. Il annonce des sensations fortes et de courte durée. Il exige des choix douloureux, mais nécéssaires. Le fou est une figure dichotomique qui incarne les incertitudes de la vie.

La folie embrasse le meilleur comme le pire.

Elle fait référence à un trouble mental, un égarement de l'esprit, voire une psychose. Ainsi on peut sombrer dans la folie, dans la noirceur. Un tourment si intense qu'il peut mener à la mort. Les destins tragiques abondent. Van Gogh, qui pour étouffer la souffrance d'une crise de mélancolie, s'est coupé l'oreille et qui vaincu dans sa longue lutte contre la dépression, met un terme à ses jours dans le champs de blé qu'il peignait la veille.

La passion folle qui a emporté Adèle Hugo et Camille Claudel - personnifiées toutes les deux par Adjani au grand écran.

La folie a aussi un visage heureux. Les folies de jeunesse. La douce folie. Les coups de tête. Les coups de coeur. Les pieds de nez au destin. Celle qui goûte la légèreté. Celle dont parle Oscar Wilde. "Les folies sont les seules choses qu'on ne regrette pas".

Celle qui rend créatif, qui permet de se sentir vivant. Le sens du risque qui fait la différence dans une vie.

La folie des grandeurs. La mégalomanie. Celle pleine de poésie de Philippe Petit, funambule français qui a fait des apparitions angéliques, vêtu de noir sur un fil invisible, au dessus de la cathédrale Notre-Dame et entre les tours du World Trade Center.

Après tout, "il faut toujours un coup de folie poir bâtir un destin", comme l'écrit Marguerite Yourcenar.