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samedi 15 mai 2010

Carte postale de Montréal : Marché Jean-Talon


Eve,

Tu n'as jamais voulu venir dans ce quartier quand j'y habitais l'hiver dernier - parce que c'était l'autre bout du monde pour toi. M'y revoilà en force. Justine me loue pour très peu une chambre qui m'épargne les soucis logistiques habituels. Plusieurs de mes amis s'y installent de plus en plus définitivement.

Ce soir, en pleine semaine, j'y fais une escapade. J'ai pris le prétexte de l'anniversaire d'une amie pour quitter le bureau une heure plus tôt, quitter Ottawa pour Montréal, et me donner le temps de cette infime folie l'illusion de vivre pleinement.

Nous avons rendez-vous pour le souper au restaurant kitchen-gallerie. Sûrement un endroit trendy. Montréal est à Ottawa ce que Milan est à Rome (mais étrangement, l'avantage stylistique de Milan sur Rome ne lui a jamais gagné beaucoup d'amour - il semble que je m'acharne dans les villes mal aimées).

J'aime les marchés. C'est ce qui me plait tant en Europe. C'est un coeur tellement vivant pour un quartier. Même Paris prend une échelle humaine quand le marché s'installe dans ses rues.

J'espère que tu en profites bien de ton côté de l'océan.

E

samedi 8 mai 2010

Carte postale de Montréal: nocturne du musée d'art contemporain


Eve, à toi qui a quitté Montréal pour les cieux plus clément de Rome, des nouvelles de ville,

Je suis allée à la nocturne du musée d'art contemporain de Montréal. Je ne l'avais visité qu'une seule fois avec Henri l'an dernier. La file infinie qui nous a accueillis lorsque nous sommes arrivés m'a rappellé ce qui peut m'irriter de cette ville: cette ruée vers quelques événements, endroits, réputés à la mode qui provoquent de ces files justement que je fuis religieusement. Mais cette fois-ci, je me suis soumise à l'exercice.

Le bar avait épuisé ses réserves dès 7 heures. Le restaurant aussi... Les expositions par contre m'ont bien plues. Plus que l'art contemporain d'habitude. Surtout de grandes murales qui semblaient à leur façon répondre aux heures de gloire de l'art classique. Mais je ne saurais te dire de quels artistes il s'agissait. Aucun nom ne m'était familier.

La visite se faisait sur un fond de musique indie. Décidémment, je ne suis pas de mon époque. C'est un constat qui me désole par moment. Mais il serait vain de m'acharner contre moi-même.

La soirée s'est terminée au resto du TNM. Un endroit bien que je découvre.

A la prossima,

E

samedi 1 mai 2010

Carte postale de Paris: Quartier latin


S,

Tout m'y a amenée aussi. D'abord Eric qui selon son habitude me donne rendez-vous à la fontaine près de la station St-Michel. Nous sommes ensuite allés manger sur les quais dans un minuscule bistrot comme je les aime.

Puis mon collègue Shawn qui voulait aller dans un café qu'on lui avait recommandé - Le Piano Vache - juste à côté du Panthéon. Un bar aux airs un peu punk, débordant d'étudiants dans la jeune vingtaine. Je me sentais légèrement dépassée. La différence d'âge ne semblait pas du tout l'embêter. Il me semble parfois que les hommes se bercent plus facilement d'illusions et il m'arrive même de croire que cet état de torpeur peut être chez vous permanent. Vos vingt ans vous appelle comme un chant de sirène.

Différence d'âge? S'interrogent parfois mes interlocuteurs masculins avec des points d'interrogation dans le regard, comme si un écart de quinze ans n'était pas un concept objectivement mesurable...

L'endroit te plairait donc probablement.

E

samedi 24 avril 2010

Carte postale de Paris: Boulogne


S,

Boulogne, je n'aurais ni crû y venir cette semaine, ni si souvent! En fait, c'est une réunion à l'OCDE qui m'y a d'abord amenée. Par ce froid tout parisien, nous avons dû marcher et nous perdre jusqu'à cet édifice du bord de la Seine - sur le quai du point du jour. (Le lieu peut sembler poétique comme ça - le nom est prometteur et la déception proportionnelle).

Puis les amis journalistes. Blaise et Olivier y vivent tous les deux. Patricia aussi semble-t-il. Je suis passée voir les enfants - Charlotte et son petit frère. On a pris l'apéro. Les enfants ont couru dans toutes les directions pendant quelques heures et ont fini par tomber de fatigue.

Boulogne, c'est la banlieue très parisienne. Il y a le théâtre le Top! Et plein de petits bistrots... Peut-être pas ton genre, toi qui aime être tellement central. Une autre chose que ton absence t'aura évitée.

E

samedi 17 avril 2010

Carte postale de Paris: les ponts


S,

Etrangement, personne ne reste indifférent devant les ponts de Paris. Je me souviens de mon émerveillement lors de mon premier séjour, où pourtant la ville n'avait pas su charmer mon scepticisme adolescent, devant le pont Alexandre III que je dois maintenant traverser pour aller du centre culturel à l'ambassade. Ce sont les statuts dorées je soupçonne qui ont toujours eu leur effet sur moi.

Même la petite nièce de Marie-France ne finit pas de s'extasier que sa mère Alma ait un pont tout à elle.

Et il y a le fameux pont Mirabeau d'Apollinaire. "Sous le pont Mirabeau coule la Seine et nos amours. Faut-il qu'il m'en souvienne la joie venait toujours après la peine. Vienne la nuit sonne l'heure les jours s'en vont je demeure..."

Ce serait une belle marche non? Se promener sur les ponts de l'île de la Cité!

En rêvant de notre prochaine ballade,

E

samedi 10 avril 2010

Carte postale de Paris: Le Louvres


S,

Ce soir, je suis allée gaver mon vice à peine caché. Je sais que la chose t'aurait assomé d'ennui.

J'ai profité de la fin de la réunion en début d'après-midi pour me rendre au Louvres, qui fait des nocturnes le vendredi. Je me promettais d'y passer chaque minute à ma disposition. Le décalage horaire, la fatigue accumulée au cours de mes fins de semaines de garde comme porte-parole pendant la crise en Haïti et le poids de la déception professionnelle auront eu raison de moi.

Armée de mon audio-guide. J'ai religieusement suivi le parcours des peintures italiennes. C'est devenu pour une raison évidente ma spécialité. Mais j'écoutais d'une oreille attentive. Je ne crois pas avoir retenu grand chose... En fait, il me semble encore que les arts plastiques me soient innaccessibles. Il est rare qu'une oeuvre parvienne à passer le seuil de mon indifférence. Son histoire parfois me touche davantage que ses qualités esthétiques.

Cette fois-ci ce sont les oeuvres maladroites des primitifs italiens qui ont retenu mon attention parce qu'elles étaient mal réussies justement. Pouvoir apprécier la laideur d'une oeuvre, voilà qui m'a fait plaisir.

Puis au bout de trois heures, mon audio-guide est mort. J'ai voulu aller prendre une tartiflette avec un verre de Chardonnay au café qui donne sur la cour intérieur, mais il était fermé. Je suis passée par la boutique pour redonner du souffle à ma passion, mais je me suis vite rédigner à rentrer à l'hôtel.

Ce séjour à Paris ne m'aura pas rassasiée...

J'espère que de ton côté tes vacances dans les Caraïbes te permettent de refaire le plein,

E

samedi 3 avril 2010

Carte postale de Paris: les invalides


S,

La réunion à laquelle je participe se tient au centre culturel canadien juste devant les Invalides. J'avais été impressionnée par ce monument lors de ma première visite de Paris. Je ne comprenais pas bien de quoi il s'agissait. Je ne suis pas certaine de mieux en saisir la nature, sinon que c'est la représentation du penchant militaire des Français. Ton père était dans l'armée. Peut-être est-ce une chose que tu saisis mieux que moi. Je t'imagine tellement peu fils de militaire. Tu n'as tellement rien d'obéissant, de soumis ou de discipliné. En même temps, tu n'as pas non plus le côté rebelle de ceux qui se révolte contre une enfance déçue.

Je voulais profiter de mon séjour dans cette zone pour visiter finalement les Invalides. Il semble que ce n'est pas dans mon karma. C'est que je n'ai au fond aucune affinité avec le monde de la défense. Ni de sympathie avec les Napoléons de ce monde avec leurs projets conquérants. La seule chose peut-être qui m'attendrisse ce sont leurs Waterloo!! J'aime la faille dans le Titanic, le talon chez Achille. J'aime les misères et les grandeurs, les tourments au sein de l'extase.

Tout ça pour te parler d'une visite qui n'a pas eu lieu bienque j'avais les Invalides qui me nargaient toute la semaine... Nous n'en avons jamais parlés. Je soupçonne que ce soit la même chose pour toi.

E

samedi 27 mars 2010

Carte postale de Paris: café des deux magots


S,

Je suis allée rejoindre Irina au Café des deux magots sur Saint-Germain pour l'apéro. Je n'y étais jamais allée. Mon esprit de contradiction me l'interdisait. Comme étudiante en littérature, j'aurais trouvé trop cliché de me rendre en pélerinage dans ce repère des Existentialistes qui te sont si chers.

Je n'a jamais compris Sartre. Je me suis peu intéressée à Beauvoir. Je ne sais pas trop ce qui t'attires chez eux. Leur doute. Leur cynisme. Tu sembles préférer ces auteurs qui ont un regard froid sur le monde. Moi c'est tout le contraire. De ce lot, seul Camus me plaît. L'étranger, le mythe de Sysiphe, la Chute. Il plonge au coeur de la condition humaine avec vulnérabilité. Je ne crois pas que Sartre en ait eu le courage.

Mon ami Eric Faye a remporté dans les années 90 le prix littéraire de ce café. C'est inscrit au menu. Paris me semble ainsi familière. J'en connais les acteurs - quelques uns du moins.

Tu devrais y venir lors de ton prochain séjour,

E

samedi 20 mars 2010

Carte postale de Paris: Eglise St-Sulpice


S,

Tu détestes les Eglises et la religion avec une conviction qui me fait un peu sourire. Je ne comprends pas très bien pourquoi la chose religieuse te dérange tellement. Peut-être parce que tu te sais un pécheur hors pair et ton âme damnée...

Je suis passée faire un tour rapide à l'Eglise du Saint-Sulpice entre deux rendez-vous. C'est mon lieu de pélerinage parisien. Depuis que j'ai lu l'essai de Jean-Paul Kauffman, un journaliste français pris en otage au Liban, sur la fresque de Delacroix - La lutte avec l'ange, j'y reviens fidèlement.

Il y a une inscription à l'entrée de la chapelle : "jesus retomba de fatigue". C'est la dixième station de la montée au Calvaire. Ce qui me bouleverse tellement dans la religion catholique, c'est l'humilité. C'est une grande leçon d'humanité qui ne me laisse jamais indifférente. Le fils de Dieu est aussi fils de charpentier. Il ne bénéficie d'aucun privilège, d'aucune protection. Il affronte la mort dans la solitude et la souffrance. Le désespoir de sa dernière nuit lorsqu'il se sait abandonner de Dieu...

Il y avait une messe chantée magnifique dans une petite chapelle au fond de l'église. J'y suis allée jeter un coup d'oeil. J'y serais bien restée plus longtemps, mais il me fallait aller rejoindre des amis.

A bientôt,

E

samedi 13 mars 2010

Carte postale de Paris: Tour Eiffel


S,

Tu aimes Paris. Tu ne t'en lasses pas. Peut-être a-t-elle pour toi un exotisme qu'elle me refuse. Pas que ce soit de la mauvaise foi. Pour toi, elle parle une autre langue, pour moi elle n'a qu'un accent différent, plus précieux - qui se fait parfois hautain, parfois paternaliste, parfois trop familier ce qui n'est en fait qu'un entre-deux.

De mon hôtel près des Invalides, j'apperçois la Tour Eiffel. D'elle aussi tu ne te lasses pas. Ce n'est pas comme tes conquêtes. Tu lui rends visite comme un paroissien fidèle. Bref, tu sembles lui vouer un culte qui te ressemble peu.

J'essaie de la regarder autrement qu'un archétype touristique. A force de l'avoir trop vue, je ne la vois plus. Je n'y suis allée qu'une seule fois - j'avais 14 ans. Ma rencontre avec Paris n'avait pas été ce qu'elle aurait due être. La chimie n'avait pas pris. J'ignore pourquoi, mais c'est comme ça quand on parle de chimie. Et depuis, chaque visite est une tentative maladroite de faire naître cette magie du premier baiser...

Ta tour Eiffel symbolise en fait pour moi ce premier rendez-vous manqué...

La voilà!

E xx