samedi 16 janvier 2010

Gros Câlin


C'est ainsi que je conclue parfois les mots que j'écris à mes amis les plus intimes. J'y prends particulièrement plaisir lorsque je sais que je vais déranger - comme lorsque je courrais derrière mon petit frère de 12 ans mon cadet pour lui faire subir une tornade d'affection. "Vraiment trop affectueuse!", se désolait-il un peu dégoûté par sa grande soeur adolescente.

Etrange tout de même cette préférence naturelle pour ceux qui refusent les attentions. Une amie me confiait aussi être beaucoup plus disposée à mitrailler de baisers son fils le plus réticent aux démonstrations maternelles...

Gros câlin, c'est aussi le titre du roman par lequel j'ai découvert à l'adolescence Romain Gary (Emile Ajar).

Monsieur Cousin, un employé de bureau discret, comble son besoin relationnel avec un python. En quête de tendresse et de rapports affectifs impossibles, déçu par ses amitiés vaines et ses amours chimériques, il est miné par un sentiment d'inadéquation. Il incarne la souffrance de l'homme dans un monde moderne et urbain impersonnel qui l'isole.

"Je suis rentré chez moi, je me suis couché et j'ai regardé le plafond. J'avais tellement besoin d'une étreinte amicale que j'ai failli me pendre."

Comment combler ce besoin fondamental d'affection sans réciprocité - sans l'Autre? Christophe me racontait que sur une île tropicale où il a vécu, un riche propriétaire possédait d'énormes fougères qu'il étraignait régulièrement.

Les arbres, les fougères ou les pythons sont donc autant de substituts à l'Autre l'absent.

jeudi 14 janvier 2010

Welcome to Sarajevo


Parce que toute les rencontres ne sont pas amoureuses, parce qu'elles n'existent souvent que l'espace d'un instant et qu'elles nous suivent parfois longtemps malgré tout.

Un jour de juillet 1998, dans un autobus entre Belgrade et Sarajevo. Quelques mois avant les bombardements de l'otan. La conversation avec mon voisin a été forcée par le passage à la frontière où le douanier - perplexe de trouver une étrangère à bord - a fait appel aux autres passagers pour traduire.

A l'approche de la ville, des édifices évantrés par les obus ont commencé à apparaître. L'autobus immatriculé en Serbie ne pouvant pas traverser la frontière imaginaire de la Republica Serbska, nous fumes contraints de débarquer quelques part dans les montagnes en marge de Sarajevo.

Mon voisin et son oncle, constatant ma candeur, m'ont invitée dans leur taxi pour entrer en Bosnie. Puis m'ont accompagnée dans les transports en commun. Pour finalement se resoudre à m'offrir le gîte.

Petit-fils serbe et grand-mère croate ont vécu ensemble la guerre en plein coeur de la ville. Pour la première fois depuis la fin des altercations, il revenait à Sarajevo.

A travers les yeux d'un enfant ayant vécu la guerre, j'ai découvert la ville. Les premiers bombardements, les explosions dans le marché public, les cadavres dans la rivière devant chez lui.

Welcome to Sarajevo!

mardi 12 janvier 2010

Chronique dont vous êtes le héros: La vie selon P. (épisode 6)


P. part à l’aventure en Amérique du Sud

Ayant reçu une généreuse prime de séparation, son premier réflexe fut de chercher refuge dans la résidence familiale de Saint-Bruno. Au bout de quelques jours à peine, las de contempler de la porte patio une piscine qui lui rappelait que février serait long, il prit la décision de partir pour Buenos Aires.

Pour P., un être très sensoriel, l'idée du soleil sur sa peau, du sable chaud, de la musique latine et de l'espagnol suffit à vaincre les résistances de la raison - qui le culpabilisait doucement en lui rappelant le marasme économique actuel.
Contre toute attente, P. partit seul. Pendant un mois, il erra dans les cafés de Buenos Aires, s'aventura en Patagonie, mis le pied en Terre de feu, s'embarquât même avec des compagnons de voyage connus dans une auberge sur un bateau qui effectuait des croisières en Antarctique - pour le simple plaisir de voir le bout du monde.

Il découvrit les joies de la marche en montagne et de l’escalade en atteignant les glaciers du parc Torres del Paine. Décida de remonter en train la vallée Colchagua au Chili où il fit de chaque vignoble un arrêt obligatoire.

En Bolivie, il se rendit sur les berges de l’incontournable Lac Titicaca avant de conclure son expédition au Pérou où il obtint in extremis un permis pour le sentier Inca, qui devait être interdit aux visiteurs à peine une vingtaine de jours après son passage.

Au cours de ce voyage improvisé, P. s'était réconcilié avec l’autre moitié de son âme, celle qui a un faible pour la couleur orange, qui aime passer des heures à l'ordinateur à éditer des films maison et faire des montages de photos, qui sait apprécier le confort des vraies relations, qui sait aussi s'abandonner à la joie insouciante du célibat, bref cette moitié de soi qui se contente d'être elle-même sans se soucier de l'image, des autres ou encore d'elle-même. Elle ne rend de compte à personne. Elle sait que chaque trahison, chaque mensonge, lui coûte une parcelle infime de bonheur.

Vivez le retour de P. au Québec à la chronique 7 ou attendez la suite de son expérience dans la fonction publique à la chronique 13.

samedi 9 janvier 2010

Ils reviennent tous...


Ce matin un ancien visage est apparu parmi mes demandes d'amis facebook. Un fantôme d'un autre temps avec qui je n'avais pourtant terminer les choses ni en beauté ni même en douceur. Je me souviens d'une dernière lettre de ma part plutôt virulante. J'en viens à me demander quel mécanisme de toute évidence efficace lui donne le luxe de se croire encore bienvenu dans ma vie : amnésie, mémoire sélective, refus de comprendre.

Cette anecdote me confirme la certitude nouvelle qui apaise maintenant mon coeur lorsque j'ai la tentation de retenir dans ma vie un amant qui souhaite en sortir: ils reviennent tous!

Je n'ai aucune influence sur le moment ni sur la forme, mais un jour chacun d'entre eux - par courriel, parfois même encore par lettre, par l'entre-mise de facebook ou tout simplement par hasard - réapparait. En général, l'approche n'est pas particulièrement courageuse, comme s'ils avaient quelque chose à se reprocher.

Il m'est arrivé de recevoir des excuses, mais jamais de ceux dont je les espérais. Il m'est aussi arrivé de renouer avec le passé - et l'expérience aidant - de choisir seulement ce qu'il m'offrait de meilleur.

Le criminel revient sur les lieux du crimes - attiré par la même curiosité qui anime l'amant pour les coeurs qu'il a conquis.

jeudi 7 janvier 2010

Etes-vous une dépendante?


Vous êtes à la fois amoureuse et malheureuse - ce petit sondage tout ce qu'il y a de plus scientifique pourrait s'adresser à vous. Souffrez-vous de dépendance affective ou méritez-vous ce qui vous arrive, voilà l'occasion de répondre à votre doute fondamental:

1) Vous avez fait les premiers pas

A) parce qu'il vous plaisait et ne vous avait sûrement pas encore remarquée.
B) parce que vous êtes une femme moderne qui se respecte
C) parce que de toutes façons, vous faites toujours les premiers pas.

2) Vous avez fait les deuxièmes pas

A) parce qu'il est du genre timide
B) parce que vous êtes une femme intimidante et qu'il n'osait pas risquer un refus
C) parce que vous n'êtiez pas certaine de lui avoir clairement exprimer votre intérêt lors de votre prise de contact initiale

3) Il ne vous a pas rappellée après votre première rencontre

A) il avait perdu le numéro et l'adresse électronique que vous lui aviez laissés sur un bout de papier
B) et pourquoi est-ce que ça aurait été à lui de rappeler et non à vous? Après tout, vous êtes une femme moderne.
C) à bien y repenser, vous ne lui aviez même pas dit que vous souhaitiez le revoir.

4) Au début des fréquentations, il ne pouvait vous voir que sporadiquement

A) il a une vie sociale très active et il n'allait tout de même pas laisser tomber ses amis pour une fille qu'il ne venait que de rencontrer
B) vous êtes aussi une femme indépendante et vous pouvez très bien vous occuper de votre côté
C) une relation durable commence lentement et non comme un feu de paille

5) Après des années de fréquentation, il ne se sent toujours pas prêt pour de grands projets communs

A) il a décidé d'entreprendre des études de doctorat dans une autre ville pour s'accomplir et s'engager dans la carrière dont il rêvait depuis toujours
B) il a accepté une offre incontournable pour un poste dans les Emirats arabes, mais il promet qu'avec ses primes, il pourra vous gâter comme vous le méritez.
C)les blessures laissées par sa relation décevante avec son père ne sont toujours pas guéries - il ne vous en parle pas comme tel, mais vous savez lire sa souffrance au fond de son regard.

6) Vos proches et amis éprouvent, et ce à l'unanimité, une hostilité à peine voilée à son égard.

A) c'est un éternel incompris. Il en souffre d'ailleurs beaucoup.
B) ils ne le connaissent pas comme vous le connaissez.
C)de toute façon, vous ne vous sentiez plus tellement d'affinités avec ces gens là.

mardi 5 janvier 2010

Chronique dont vous êtes le héros: La vie selon P. (épisode 5)


P.quitte OttawaLa réalité dépassant souvent la fiction dans cette saga politico-existentielle, P. se retrouva une fois de plus sans emploi lorsque le gouvernement de son pays fut renversé lors d'un coup d'État mené par une coalition séparatiste dirigée par un certain Dion, Stéphane de son petit nom comme celui de tous les leaders dans ce pays semblait-il.

Longtemps, P. avait rêvé d'une carrière dans la diplomatie. Il n'était pas indifférent à l'attrait du prestige, de l'exotisme et d'une certaine stabilité financière. Il avait déjà tenté le concours des agents du service extérieur. En fait, dans ces moments où l'esprit se prend à imaginer une vie meilleure, P. s'accordait le privilège d'un poste de direction et se permettait de fermer un œil sur ce que pouvait être le quotidien d'un simple bureaucrate sans envergure.

En quelques jours, P. vit sa vie sociale fondre comme peau de chagrin. Ses acolytes quittèrent la ville pour retourner dans leurs patelins d'origine. Son propre colocataire dû se résigner à accepter un contrat à Régina avec Radio-Canada, une société d'État qu'il avait pourtant rêvé un jour d'abolir pour soulager le fardeau fiscal des contribuables.

Son frère Julien venait de terminer ses études et avait quitté la capitale fédérale pour se lancer dans l'aventure trépidante du travail. Il avait obtenu un stage auprès de l’agence de l’énergie atomique à Vienne et avait décidé d’en profiter pour traverser l’Europe avant le début de son contrat au printemps.

Laissé seul dans la tourmente, il quitta sans se faire prier Ottawa. En une petite demi-heure, il avait fait sa valise, incluant un châle blanc oublié chez lui un soir de juillet par il ne se savait plus trop qui, mais qui devait bien appartenir à quelqu'un...

samedi 2 janvier 2010

La vie est un Kilimanjaro: vers le sommet


Une fois l'expédition en branle, commence l'ascension pleine d'espoir et d'anticipation vers le sommet. En flanc de montagne, on ne le voit pourtant pas. Une semaine d'aventure et on ne l'apperçoit que dans la dernière heure.

A mesure que le temps passe et que l'on s'approche du but, on comprend que le succès ou l'échec de l'entreprise dépendent d'un ensemble de facteurs sur lesquels on n'a pas toujours beaucoup de pouvoir - et au fond, le sens même d'échec et de succès change avec le paysage de la montagne. De la forêt tropicale au désert alpin, on se retrouve de plus en plus exposé. La quête se fait humble.

1) Les capacités et les limites. Les longues journées de marche et les conditions difficiles mettent d'abord le corps à l'épreuve. Le randonneur s'éblouit et se désespère de la tyrannie de ce corps auquel il attribue initialement l'issue de son expédition.

2) Le caractère. Si le corps parcourt une grande partie de la distance, ce sont la persévérance et la volonté qui gravissent les derniers mètres.

3) La préparation. Etre outillé avec le matériel adéquat n'a peut-être pas d'impact sur la conclusion, mais change le présent tout au long de l'aventure.

4) L'entourage. La compagnie d'un sherpa expérimenté évite de se perdre en chemin. Certains conseils nous sauvent des détours inutiles, nous rassurent, nous donnent confiance et un peu de force pour nous transporter au moins quelques mètres.

5) L'environnement. La nature est actrice a part entière dans cette aventure: le climat et les intempéries s'en mêlent. La noirceur d'une nuit sans lune rend l'ascension vers le sommet plus dramatique. Une tempête de neige brouille les pistes. Une chute de grêle oblige à rebrousser chemin et à trouver refuge.

6) Les innatendus. Enfin, il y a aussi tout ce qui ne dépend que du hasard. Le mal de l'altitude s'abat sur le marcheur à quelques mètres du sommet et le terrasse, le jetant à genoux.

Au fond, vivre - c'est l'ascension d'une montagne. Ca demande beaucoup d'humilité. Mieux vaut ne pas se concentrer sur l'atteinte d'un sommet qu'on ne voit même pas pour profiter pleinement de l'aventure.