mardi 16 mars 2010

Chronique dont vous êtes le héro: la vie selon P. (épisode 15)


Intermède sur la vie d'un fonctionnaire gracieuseté de Félix Leclerc.

"À tous les bohémiens, les bohémiennes de ma rue

Qui ne sont pas musiciens, ni comédiens, ni clowns

Ni danseurs, ni chanteurs, ni voyageurs, ni rien

Qui vont chaque matin, bravement, proprement

Dans leur petit manteau sous leur petit chapeau

Gagner en employés le pain quotidien

Qui sourient aux voisins sans en avoir envie

Qui ont pris le parti d'espérer

Sans jamais voir de l'or dans l'aube ou dans leur poche

Les braves bohémiens, sans roulotte, ni chien

Silencieux fonctionnaires aux yeux fatigués

J'apporte les hommages émus

Les espoirs des villes inconnues

L'entrée au paradis perdu

Par des continents jamais vus

Ce sont eux qui sont les plus forts

Qui emportent tout dans la mort

Devant ces bohémiens, ces bohémiennes de ma rue

Qui n'ont plus que la nuit pour partir

Sur les navires bleus de leur jeunesse enfuie

Glorieux oubliés, talents abandonnés

Comme des sacs tombés au bord des grands chemins

Qui se lèvent le matin cruellement heureux

D'avoir à traverser des journées

Ensoleillées, usées, où rien n'arrivera que d'autres embarras

Que d'autres déceptions tout au long des saisons

J'ai le chapeau bas à la main

Devant mes frères bohémiens"

samedi 13 mars 2010

Carte postale de Paris: Tour Eiffel


S,

Tu aimes Paris. Tu ne t'en lasses pas. Peut-être a-t-elle pour toi un exotisme qu'elle me refuse. Pas que ce soit de la mauvaise foi. Pour toi, elle parle une autre langue, pour moi elle n'a qu'un accent différent, plus précieux - qui se fait parfois hautain, parfois paternaliste, parfois trop familier ce qui n'est en fait qu'un entre-deux.

De mon hôtel près des Invalides, j'apperçois la Tour Eiffel. D'elle aussi tu ne te lasses pas. Ce n'est pas comme tes conquêtes. Tu lui rends visite comme un paroissien fidèle. Bref, tu sembles lui vouer un culte qui te ressemble peu.

J'essaie de la regarder autrement qu'un archétype touristique. A force de l'avoir trop vue, je ne la vois plus. Je n'y suis allée qu'une seule fois - j'avais 14 ans. Ma rencontre avec Paris n'avait pas été ce qu'elle aurait due être. La chimie n'avait pas pris. J'ignore pourquoi, mais c'est comme ça quand on parle de chimie. Et depuis, chaque visite est une tentative maladroite de faire naître cette magie du premier baiser...

Ta tour Eiffel symbolise en fait pour moi ce premier rendez-vous manqué...

La voilà!

E xx

jeudi 11 mars 2010

Georges et Eugénie s'attaquent au Kilimanjaro


Sur un coup de tête, sans préparation appropriée pour l'expédition que nous avions décidé d'entreprendre, Georges et moi avons décidé de partir pour la Tanzanie. Mauvaise saison, mal équipés. Nous voilà.

Seuls avec notre équipe de trois porteurs, d'un cuisinier et d'un guide, nous étions l'unique expédition à enregistrer son départ ce matin-là - ce qui annonçait la grande solitude de notre ascension.

Dans la forêt tropicale, nous appercevons notre premier singe.

Une douleur aigue à la poitrine nous éveille au beau milieu de la nuit - sans que l'on puisse distinguer s'il s'agissait d'anxiété ou de difficultés respiratoires.

Puis, au fil des jours, la luxuriante forêt cède la place au désert alpin rocailleux. Il pleut le jour, il gèle la nuit. Le moral subit les intempéries. Surtout au terme d'une journée de tempête où rien n'a été épargné de nos affaires - et nous constatons la mort dans l'âme qu'il nous faudra passer une nuit glaciale dans nos vêtements euphémiquement humides.

Le "serveur" se voit contraint de nous céder son sac de couchage sec. Nous sommes sauvés! Et réconciliés avec le pourboires exhorbitants que nous devrons offrir au terme de l'aventure.

Mon style est fortement mis en péril par la tuque péruvienne aux couleurs fluorescentes qui ne quitte plus ma tête pour masquer les effets d'une vie privée d'hygiène moderne.

Puis vient l'épreuve du sommet. Départ à minuit pour un blitz de 18 heures de marche. La lune s'est cachée derrière le rideau de nuages qui nous crachent dessus une neige épaisse. Le guide se perd deux fois dans la tempête, ce qui nous fait perdre quatres, beaucoup d'énergie et progressivement le moral. A la troisième tentative, les pieds gelés, terrasés par une nausée qui nous jette à genoux, n'ayant atteint que 5300 mètres (sur près de 6000 mètres), nous décidons de rebrousser chemin.

Ce que nous avions atteint, c'est ce moment précis où la souffrance actuelle surpasse le plaisir et la fièrté anticipée d'atteindre un sommet engouffré dans la nuit.

mardi 9 mars 2010

Chronique dont vous êtes le héro: la vie selon P. (épisode 14)


P. pouvait enfin aspirer à un poste à l'étranger. Avec un peu de chance et de stratégie, il pourrait peut-être partir en Amérique du Sud avant d’avoir atteint la quarantaine.

Il découvrirait alors que les appartements de fonction sont un peu comme les vêtements dans les familles pauvres. Les pantalons achetés pour le grand frère ne font jamais vraiment bien.

S'il part en Afrique du Sud, un agent consulaire aura décidé de recouvrir le bois franc avec de la moquette – selon les standards canadiens - et ne parviendra à convaincre l'administration de l'enlever dans une pièce qu'en déposant un grief et en prouvant une aggravation de son asthme.

S'il part en Italie, son comptoir sera en faux marbre gris, les armoires arboreront fièrement une touche de jaune moutarde, les planchers seront de céramique usée chocolat et les murs couverts en entier de céramiques fleuries (il ignorait jusque là que ça existait) vert kaki. Malheureusement, dans ce cas, il serait plus ardu de convaincre les gestionnaires que la laideur représentait une menace réelle à la santé mentale.

Partout, il aura le même mobilier colonial. Il sera chanceux s'il évite le supplice des divans dépareillés (rayé vert côtoyant fleuri bleu, ou jute orangée jumelée à satin rose- un concours informel de l’horreur est en cours dans les rangs du service extérieur). En effet, le drame des divans ennemis est une guerre de style que perdent plusieurs collègues et qui leur rappelle chaque soir que c'est un fonctionnaire qui gère leur vie.

Il serait difficile pour le narrateur de prétendre mesurer l'impact qu'eût sur P. la décision de tenter sa chance aux affaires étrangères.

C'est pourquoi au prochain épisode, il choisit de céder la parole à Félix Leclerc, qui saura peut-être mieux exprimer la misère banale qui l'attendait.

samedi 6 mars 2010

Et Dieu créa la femme


"Dieu créa la femme non pas du pied d'Adam comme son inférieure, non pas de son crâne comme sa supérieure, mais de sa côte, comme son égale et sa compagne", st-anselme d'aoste, féministe d'avant-garde.

A l'approche du jour de la femme, quoi de plus surprenant que les paroles d'un homme de l'Eglise du VI ième siècle- un moine érudit ayant consacré sa vie à l'interprétation des saintes écritures.

Les archétypes féminins ont été discutés ad nauseam. Dans ce cas-ci c'est Eve, la cote d'Adam. La première femme. "La source de vie", comme son nom l'indique. La mère de l'humanité. La pécheresse est donc venue avant la sainte. On saurait s'en rassurer. C'est la femme de toutes les religions: judaïsme, christianisme et islam.

L'Eglise ne l'a pas sanctifiée (Adam non plus). Les interprétations sont nombreuses sur la symboliques de la création d'Eve et rares sont celles qui lui accorde un statut aussi égalitaire que St-Anselme.

Les juifs par exemple attribuent à Adam une première femme, Lilith, qui ayant été créée de la même poussière que lui aurait refuser de se soumettre à lui et se serait enfuit du paradis. Son nom se traduit par "nuit". Femme démoniaque et insoumise, féconde et dépravée, elle incarne le mal au féminin.

Le Coran ne la nomme pas, mais ne lui fait pas porter non plus la responsabilité de l'expulsion du Paradis.

Eve, donc, mère de toutes les mères. Mère de Cain, d'Abel et de Seth. Sa tombe se trouverait en Arabie Saoudite, sous une chape de béton lourde et charmante comme un tchadore, pour empêcher les visiteurs d'en apprécier la présence...

jeudi 4 mars 2010

Extase pour elle: un parfum d'Armani


Il est donc un parfum pour femme d'Armani dédié à l'extase. Dans la ligne Onde (en raison de la forme des flacons), il s'inspire de l'art de Geisha et donc de fleurs orientales. Il est composé de cèdre, de mimosa, de jasmin, de narcisse, de bergamotte, de poivre rose et de sésame. Je me surprends seulement qu'un tel sujet n'aie pas fait l'objet d'un parfum avant 2008. L'extase, n'est pas l'essence même des parfums...

Il fait partie d'une trilogie avec le mystère (pour la Turquie) et le vertige (pour l'Inde)... La séduction orientale!

Pourtant, je ne suis pas une femme de parfum. Ma mère a été toute sa vie fidèle à Shalimar de Guerlain - dont je reconnaîtrais l'odeur n'importe où depuis que j'ai cassé une bouteille à 5 ans. Comme Obélix, je suis tombée dans la potion jeune. Ça ne peut que marquer.

Je suis pour ma part adepte depuis au moins une dizaine d'année d'Indécence de Givenchy (qui n'existe de toute façon que depuis 1999). Pratiquement impossible à trouver parce qu'en vente exclusivement dans une grande boutique de Montréal, ai-je appris au terme d'une quête vaine qui m'avait fait craindre sa discontinuation.

Selon un blog dédié aux parfums, Indécence avait été créé par un certain Jean-Claude Delville. La fragrance est boisée et épicée (incluant des notes de bois de rose brésilien, de cannelle, d'ambre, de vanille et de patchouli). Givenchy vient de le relancer dans ses parfums mythiques.

Vous me connaissez donc désormais aussi à l'odeur!

mardi 2 mars 2010

Chronique dont vous êtes le héro: la vie selon P. (épisode 13)


« Peu d’hommes se réalisent avant de mourir. » « Mon métier me parut vain, ce qui est presque aussi absurde que de le croire sublime. » (M.Y.)

….. Parfois, le soir à l’heure de se coucher il avait un vague sentiment de lassitude et une lourdeur à l’estomac, mais le matin il avait immanquablement le sourire aux lèvres et la verve facile pour s’entretenir avec son voisin de bureau un thé vert à la main…

Après un premier contrat temporaire de quelques mois à BCM, la direction responsable des relations avec les médias, il réussit à obtenir une prolongation avec un terme qui lui assurait du travail jusqu'à l'été. Un FS de retour de poste ayant appliqué, il dût trouver autre chose à l'automne. Il fut alors recueilli par une géographique où il apprivoisa les joies des notes de breffage - une expression bureaucratique des plus disgracieuses - des Questions/réponse, des lignes médias, des MEP et autres formulaires à mettre à jour pour nourrir une machine affamée.

Il tenta à quelques reprises de se qualifier pour des bassins. Il multipliait les concours. Il consacrait une bonne partie de son énergie en démarches administratives pour assurer ses renouvellements et éventuellement sa permanence, qui se fit attendre un peu plus de quatre ans.

Entre-temps, il avait été IS-05, ES-03 et ES-04, CO-03, très brièvement AS-04 entre deux termes et même FS-02!

Les directions pour lesquelles il avait travaillé avaient eu le temps de changer plusieurs fois d'acronymes, au gré des hauts gestionnaires qui croyaient imprimer ainsi leur marque dans une organisation réputée pour avoir la mémoire aussi longue qu'un cycle d'affectations.

Au prochain épisode P. partira en poste à l'étranger... pour revenir à sa vie montréalaise, il vous faudra attendre quelques semaines.