mardi 1 juin 2010

Chronique dont vous êtes le héro: la vie selon P. (épisode 26)


Un autre poème a été retrouvé dans le carnet de notes du narrateur. Il nous a semblé qu'il conclurait cette fable moraliste en beauté. Ce sera l'anniversaire de P. cette semaine. Pour le reste de son chemin. Voilà!

ROAD LESS TRAVELED - Robert Frost


Two roads diverged in a yellow wood
And sorry I could not travel both
And be one traveler, long I stood
And looked down one as far as I could
To where it bent in the undergrowth

Then took the other as just as fair
And having perhaps the better claim
Because it was grassy and wanted wear
Though as for that, the passing there
Had worn them really about the same

And both that morning equally lay
In leaves no step had trodden black
Oh, I kept the first for another day!
Yet, knowing how way leads onto way
I doubted if I should ever come back

I shall be telling this with a sigh
Somewhere ages and ages hence
Two roads diverged in a wood
And I took the one less traveled by
And that has made all the difference

samedi 29 mai 2010

L'amimoureux


Je vais conclure cette période de mon blog avec un hommage à une autre blogueuse qui ne fait pas l'unanimité au sein de mon lectorat: Josée Blanchette. Je ne comprends pas trop ce qu'on lui reproche. Peut-être un peu d'exhibition. Mais elle a une plume et un sens de la narration qui n'ont certainement rien à envier à un Foglia qui ne m'émeut plus que très rarement.

Toujours est-il que dans un article - qu'une amie, celle à l'origine du titre de mon blog, a porté à mon attention - JB parle beaucoup mieux que je ne pourrais le faire de son "amimoureux". C'est avant tout un hommage à l'amitié qui arme d'acier le sentiment amoureux. Un hommage aux relations égalitaires, mutuellement nourrissantes.

Elle cite pour se faire - ce ne peut être un hasard - mes auteurs de prédilection. Camus: "ne marche pas devant moi, je ne te suivrai pas. Ne marche pas derrière moi, je ne te guiderai pas. Marche juste à côté de moi et sois mon ami". Et Wilde: "l'amitié est beaucoup plus tragique que l'amour, elle dure plus longtemps."

Et cette belle phrase de montaigne pour son ami La Boétie: "Parce que c'était lui, parce que c'était moi".

C'est un billet extrêment optimiste sur l'amour qui après avoir connu mille tourments -

"j'ai connu l'amour charnel (tout passe, tout casse, tout lasse) l'amour fusionnel (on ouvre la fenêtre j'étouffe), l'amour à distance (pré-Skype), l'amour d'un soir (bonjour-bonsoir), l'amour platonique (un écrivain), l'amour névrotique (c'est pas moi, c'est lui), l'amour paternel (il avait l'âge de mon grand-père), l'amour infidèle (la chair est faible hélas! Disait-t-il), l'amour passionnel (de passio: torture), l'amour clandestin (il était marié), l'amour à sens unique (un comédien), l'amour avec un petit "a" (sans commentaire), l'amour miroir (je suis moi, tu es moi, mais qui sommes-nous? Et l'inverse), l'amour parade (quel beau couple!), l'amour à trois (non, ça non, trop compliqué)".

Après les tourments donc, elle entrevoit la naissance d'un amour serein, et non sans humilité.

"Si j'en parle aujourd'hui, non sans avoir conscience d'éprouver la fragilité d'un lien qui s'accomode mal du vacarme, c'est surtout pour constater que trop souvent j'ai cherché l'amour où il ne se trouvait pas. A l'extérieur de moi plutôt qu'en moi. Dans le bruit. Plutôt qu'en silence".

jeudi 27 mai 2010

En-tête-à-tête : L'escalier


Je t'écris un message que tu ne recevras jamais. C'est à la fois une lettre d'adieu et un pacte avec moi-même : je renonce à toi.

Nous venons de passer l'après-midi ensemble. Tu m'as fait découvrir cet endroit surprenant qui contraste tellement avec ton personnage. Un petit bar mal famé auquel on accède par une porte tellement discrète qu'elle n'avait jamais attirée mon attention. Certains clients sont assis en cercle par terre, d'autres passent nus pieds. Ils ont la jeune vingtaine. Personne ne vient nous demander si nous souhaitons quelque chose. Nous profitons du moment, un peu en retrait et étrangers à cet univers auquel nous n'appartenons pas.

Jamais nous n'avons parlé aussi ouvertement.

Nous avons dû quitter précipitamment pour me permettre d'attraper le dernier autobus. J'aurais voulu avoir le temps de te dire aurevoir, de te serrer une dernière fois.

J'ai eu tout l'après-midi pour renoncer tour à tour à tes yeux gris, à tes canines légèrement désalignées qui te donnent un air espiègle, à tes tempes qui grisonnent à peine, à ton amitié, à nos conversations toujours animées, à ce qu'il me restait de sentiments inavouables.

Un après-midi témoin de l'échec de tous les renoncements précédents. Pour constater mon impossible indifférence.

Je te préfère toujours.

Comprenons-nous bien. Depuis notre rencontre, je suis tombée amoureuse plus d'une fois. Mon coeur en aime d'autres que toi. Pourtant, je te préfère toujours.

Mais l'inévitable espoir qui accompagne l'amour ne nourrit que ma tristesse.

J'ignore le pronostic de l'oubli. Je compterai d'abord les jours, puis les semaines et les mois... Les rechutes sont possibles. Elles ont été nombreuses.

Si un jour ces mots viennent à toi, ils ne voudront probablement plus dire grand chose. Ils auront été écrits il y a déjà très longtemps...

E xx

mardi 25 mai 2010

Chronique dont vous êtes le héro: la vie selon P. (épisode 25)


« Il ne faut pas pleurer pour ce qui n’est plus mais être heureux pour ce qui a été.» (M.Y)

Le narrateur ayant démissionné de son entreprise avant la fin, il est impossible de savoir ce que fût la vie de P., quelles décisions il prit, s'il fût heureux ou s'il regretta ses décisions. Est-ce qu'il connut des revers du destin contre lesquels il n'aura rien pu faire? Est-ce que le hasard aura mis sur son chemin des opportunités qui auront fait son malheur ou son bonheur?

Il revient au lecteur d'imaginer ce qu'il lui advint, de juger de la réussite de sa vie. Il utilisera pour se faire sa propre échelle de valeurs, son propre point de vue. Il comparera ses choix avec ceux du personnage.

Il le critiquera peut-être, l'admirera, projettera en lui ses craintes et ses espoirs.

Le narrateur pour sa part n'a émis qu'un vœux pour son personnage: qu'il ne connaisse pas les tourments des regrets. Peu importe ses décisions, ses erreurs, ses succès, ses échecs, ses satisfactions, les hasards heureux et les coups durs. Qu'il regarde sa vie avec le sentiment d'avoir suivi un chemin qui lui ressemblait.

Chers lecteurs, en terminant, si par un soir d'hiver vous croisez le narrateur à la sortie du cégep de Rosemont où vous êtes allés chercher votre plus jeune après son cours, ou dans un café d'Alphabet city à New York où vous avez décidé d'emmener la famille pour Pâques, ou dans un aéroport de Bangkok où vous attendez votre transfert pour Zurich, ou dans une rue d'Ottawa où votre voiture est tombée en panne par malchance, saluez-le et donnez-lui des nouvelles de P. Ce n'est pas parce qu'il est parti vivre sa vie sans vous raconter comment se termine cette histoire qu'il ne pense pas à lui.

mardi 18 mai 2010

Chronique dont vous êtes le héro: la vie selon P. (épisode 24)


Voici le billet laissé par le narrateur sur sa table de chevet lorsqu'il disparu de la vie de P.

Rêver un impossible rêve

Porter le chagrin des départs

Brûler d'une possible fièvre

Partir où personne ne part


Aimer jusqu'à la déchirure

Aimer, même trop, même mal

Tenter, sans force et sans armure

D'atteindre l'inaccessible étoile


Telle est ma quête

Suivre l'étoile

Peu m'importent mes chances

Peu m'importe le temps

Ou ma désespérance

Et puis lutter toujours

Sans questions ni repos

Se damner

Pour l'or d'un mot d'amour

Je ne sais si je serai ce héros

Mais mon coeur serait tranquille

Et les villes s'éclabousseraient de bleu Parce qu'un malheureux


Brûle encore, bien qu'ayant tout brûlé

Brûle encore, même trop, même mal

Pour atteindre à s'en écarteler

Pour atteindre l'inaccessible étoile

samedi 15 mai 2010

Carte postale de Montréal : Marché Jean-Talon


Eve,

Tu n'as jamais voulu venir dans ce quartier quand j'y habitais l'hiver dernier - parce que c'était l'autre bout du monde pour toi. M'y revoilà en force. Justine me loue pour très peu une chambre qui m'épargne les soucis logistiques habituels. Plusieurs de mes amis s'y installent de plus en plus définitivement.

Ce soir, en pleine semaine, j'y fais une escapade. J'ai pris le prétexte de l'anniversaire d'une amie pour quitter le bureau une heure plus tôt, quitter Ottawa pour Montréal, et me donner le temps de cette infime folie l'illusion de vivre pleinement.

Nous avons rendez-vous pour le souper au restaurant kitchen-gallerie. Sûrement un endroit trendy. Montréal est à Ottawa ce que Milan est à Rome (mais étrangement, l'avantage stylistique de Milan sur Rome ne lui a jamais gagné beaucoup d'amour - il semble que je m'acharne dans les villes mal aimées).

J'aime les marchés. C'est ce qui me plait tant en Europe. C'est un coeur tellement vivant pour un quartier. Même Paris prend une échelle humaine quand le marché s'installe dans ses rues.

J'espère que tu en profites bien de ton côté de l'océan.

E

jeudi 13 mai 2010

La vie en rose


C'est l'histoire d'un petit garçon de 5 ans qui préférait le rose jusqu'à ce qu'un jour il choisisse de vivre en mauve pour ne plus être impoli. C'est l'histoire d'un petit garçon pragmatique qui rêvait de se marier un jour avec son meilleur ami Samuel, mais qui avait décidé plutôt d'épouser Julie car il voulait des enfants.

C'est l'histoire de ce petit garçon qui se déguisait en fée clochette à l'Halloween, qui se mettait des boules de Noel aux oreilles en portant les talons hauts de mère, qui choisissait la teinte de rouge à lèvres la plus éclatante dans ma trousse à maquillage et aimait les bijoux brillants.

C'est l'histoire d'un petit garçon de 5 ans qui était lui-même. Qui assumait avec candeur et spontanéité ses préférences. Qui sans aucun prétention moralisatrice me confrontait à des préjugés que je m'ignorais. J'ai compris grâce à lui que malgré toutes les qualités que je me targue d'avoir, malgré toute la préparation que je peux entreprendre, mes enfants à venir sauront certainement à leur façon trouver le moyen de me déstabiliser, de pousser mes limites, de me forcer à revoir des positions bien ancrées.

On ne refera pas l'histoire. C'est encore David qui gagne contre Goliath.